Raphaël Biojout (it's learning) : "Nous accompagnons les usages qui vont proposer de nouveaux contenus numériques différents du manuel papier"

Le 18/02/2011 à 05h02, par SFR Jeunes Talents

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Raphaël Biojout (it's learning) : "Nous accompagnons les usages qui vont proposer de nouveaux contenus numériques différents du manuel papier"

It’s Learning, l’un des leaders mondiaux du marché des environnements numériques de travail, s’est développé en France sous l’égide de Raphaël Biojout. Rencontre avec un entrepreneur qui a décidé de faire rimer apprentissage et nouvelles technologies

 

Quel est votre parcours ?
Ma première expérience de start-up date de mars 2000, un peu après la "bulle Internet". J'avais déjà en tête un service totalement innovant sur Internet, la mise en place d'une maison d'édition scolaire de manuels numériques. Les premières années ont été difficiles mais le modèle a fait ses preuves après 3 ans environ. En 2006, je quitte ma première start-up et fait un retour côté conseil en stratégie pour le secteur Internet et Média. J'accompagne quelques start-ups puis je rejoins it's learning en août 2009 pour m'occuper du développement en France.

Comment vous est venue l’idée de créer it’s Learning ?
Depuis 2000 passionné par le secteur des nouvelles technologies pour l'Education, j'ai compris qu'il se passait quelque chose au tournant des années 2008-2009. Après avoir été parmi les pionniers du "manuel électronique" pour les scolaires, je me suis dit que le "cartable électronique" était en train de voir le jour. En France, nous l'appelons l'Espace Numérique de Travail (ENT) qui permet à tous les acteurs de l'école de travailler de manière numérique : manuels numériques, bulletins de note électronique, emails/SMS pour faciliter les échanges, panneau d'affichage et alertes, emploi du temps, cahier de texte, devoir… J'ai découvert mi-2009 it's learning, plateforme d'origine Norvégienne qui m'a séduit par la richesse des fonctionnalités offertes. Alors que l'entreprise passait le cap de 2 millions d'utilisateurs en Europe, j'ai rejoint it's learning afin de m'occuper du développement pour la France.

Quelle est votre vision du marché français de l'éducation numérique ?
La France s'est réellement lancée dans le défi de l'éducation numérique depuis 2003. Outre les moyens financiers importants qui ne sont pas encore vraiment alloués, il faut vraiment repenser les méthodes d'apprentissage que permettent les nouveaux outils. La mise en place au 19ème siècle du tableau noir et de l'ardoise a été une vraie révolution qui a vraiment modifié la façon d'enseigner avec toutes les images d'Epinal qui vont avec. L'équipement des écoles et la connexion au réseau Internet vont offrir une révolution encore plus forte pour l'Education. Il faut attendre un peu pour la France, mais des exemples de pays qui ont fait le pas sont intéressants. Sans regarder trop loin, en Norvège, durant une semaine type, les lycéens utilisent au moins 4 heures l'ordinateur pour les activités préparées par leurs professeurs. Le soir, les élèves travaillent sur l'ordinateur en collaborant via le réseau sans s'interdire un passage rapide sur Facebook ou MSN.

Suite au rachat d'Infostance, comment voyez-vous votre situation, notamment face aux ENT (Environnement Numériques de Travail) open-sources (tels que Lilie par exemple, qui remporte énormément d'appels à projets ses derniers temps) ?
Notre rapprochement avec Infostance est un mouvement très bénéfique pour les deux sociétés. Nous sommes extrêmement complémentaires. Infostance est à ce jour l'acteur de référence des ENT : c'est l'acteur historique depuis 1999 mais surtout c'est le fournisseur d'ENT qui a le plus d'usages. Ce qui nous a semblé le plus important est la confiance qui ne se dément pas de ses clients. Avec l'arrivée de l'ENT it's learning, nous allons pouvoir offrir une solution plus complète, allant du primaire au supérieur et avec plus d'outils collaboratifs et pédagogiques. Nous espérons voir les usages encore s'accélérer. Le marché français est morcelé en terme de solutions, et la solution Open Source Lilie est apparue environ 10 ans après la solution d'Infostance. Notre vision est plus de proposer une Open Platform qui permet de démultiplier à l'infini les services offerts (nous offrons des kits de développement et d'intégration très simples) plutôt que de diffuser les codes sources d'un projet très complexe. Nous ne considérons pas un ENT comme un projet de développement de plusieurs années, mais comme notre actif le plus précieux en tant qu'éditeur dédié exclusivement à ce secteur.

Plus généralement, quelle est votre vision de l'évolution du marché ?
En 2003, on tablait sur un ENT pour toutes les écoles dès 2008. Je pense qu'il faut être réaliste et que, face à un changement systémique et avec des moyens financiers limités, le marché se développe lentement. Les exigences sont très fortes et seuls les acteurs industriels se développeront. A court terme, on est encore sur une logique d'équipement et d'accès au réseau. Mais très vite, il faudra aussi accompagner les usages qui vont être de plus en plus pédagogiques et proposer de nouveaux contenus numériques différents du manuel papier… Pourquoi ne pas imaginer des cartables sans papier avec des tablettes ou des ordinateurs connectés ?

Qu'attendez-vous de l'Éducation Nationale en terme d'accompagnement ?
L'usage des nouvelles technologies est un ensemble cohérent d'outils qui nécessitent un accompagnement important et l'Education Nationale s'engage déjà dans la formation des enseignants. Le Ministère a également un rôle pour accélérer le passage aux contenus numériques, les manuels scolaires bien sûr mais aussi le développement de ressources qui pourront être utilisées par les enseignants dans leur pédagogie.

Quels sont les pays dont nous devrions nous inspirer ? Sur quelles dimensions ?
Je penche bien sûr pour la Norvège et plus généralement les pays scandinaves. L'usage des nouvelles technologies ne s'est pas fait au détriment des résultats scolaires, bien au contraire. Sinon, je pense que l'Allemagne est aussi intéressante à regarder, notamment l'ambition d'arriver à 10% du PIB pour l'éducation alors qu'en France, nous sommes plutôt autour de 6%. Il faut se donner du temps mais aussi des objectifs ambitieux.

Que vous apporte le programme SFR Start-up ?
Nous sommes très fiers d'être avec un acteur innovant qui cherche à développer des pratiques nouvelles. En particulier, SFR pense l'E-éducation comme un tout qui prend en compte le réseau, les équipements et les services offerts. Un exemple concret : nous avons une expérimentation en cours avec des smartphones pour l'apprentissage des langues avec notre ENT : réseau Wi-Fi/3G + smartphone + ENT mobile. Nous pensons également qu'il faut encore mieux faire connaître les solutions numériques pour l'Education et SFR est plus en mesure de diffuser les usages possibles. De plus, dans un marché aussi gigantesque, nous serions heureux de bénéficier du réseau commercial de SFR pour proposer à toutes les villes petites ou grandes un ENT.

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Propos recueillis par Arnaud de Vaubicourt

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