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Blogs BD : les bulles Internet

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Débarrassée de l'image de "bande d'amateurs" dont elle souffrait au début, la blogosphère BD est aujourd'hui considérée comme un vivier de talents pris au sérieux par la profession. Le Festival des Blogs BD et du Webcomics – "Festiblog" pour les intimes – en est cette année à sa cinquième édition et son créateur, Yannick Lejeune, a pu constater l'évolution du phénomène en même temps qu'il a vu grandir sa manifestation. Il nous en parle.

 

Né en quasi-simultanéité avec la blogosphère, le blog BD est un phénomène qui n'est pas resté longtemps confidentiel. Par son immédiateté (sitôt publié, sitôt lu) et la proximité inédite qu'elle offre entre l'auteur et son public, la bande dessinée en ligne connait un extraordinaire essor, dont les effets se répandent jusque dans les librairies, où de plus en plus d'auteurs connaissent les honneurs d'une sortie papier.

Les 26 et 27 septembre prochains, à Paris, se tiendra d'ailleurs la 5e édition du Festiblog, le festival des blogs BD et du webcomics. Pour nous présenter cette communauté en plein essor, Yannick Lejeune, créateur du Festiblog, revient pour nous sur l'évolution du phénomène.

 

©Miss Gally

Miss Gally (extrait) : http://missgally.com/blog

 

Comment expliques-tu le succès du blog BD ?

C’est presque tautologique, c’est la synthèse de deux univers à très fort lectorat : les blogs et la BD. Concernant le succès des blogs, je pense que c’est maintenant une idée comprise du fait de ses aspects créatif, viral, interactif et gratuit. La BD, de son côté, continue de faire rêver les 7 à 77 ans : Titeuf, Spirou et autres Largo Winch se classent systématiquement dans les meilleurs ventes de l’édition littéraire tous styles confondus, on voit bien que le public est très large. Du coup, quand on met en ligne de la BD gratuite avec la possibilité pour le lecteur de discuter avec l’artiste, ça cartonne !
J’ajouterais deux points qui me paraissent importants. Le premier c’est la grande diversité des styles, des sujets et des tons qui permet aux blogs BD de surfer sur la fameuse longue traîne de Chris Anderson. Bien sûr, il y a beaucoup de blogs BD autobiographiques mais il y a aussi pas mal de webcomics de fiction sur plein de thèmes différents. Pour un Boulet (http://www.bouletcorp.com/blog) ou une Pénélope Bagieu (http://www.penelope-jolicoeur.com) qui sont très connus, il y a également des milliers de blogueurs BD moins connus avec leur petit public qui, additionné, constitue une légion de lecteurs. L’avantage des blogs BD, c’est de pouvoir proposer au plus grand nombre des BD très rassembleuses et à quelques personnes que cela intéresse, des choses plus spécialisées (y a-t-il un blog BD sur la culture des orchidées en salle de bain ?). Le deuxième point, c’est leur qualité intrinsèque. Il y a vraiment de petites merveilles à visiter sur le net, j’en ai encore découvert deux récemment, Eliascarpe (http://eliascarpe.over-blog.com) et Lanterne Brisée (http://lanternebrisee.net).

 

Où en est la blogosphère BD aujourd'hui ?

Je crois qu’elle n’a jamais été aussi vivante. La principale différence avec sa période émergente, c’est qu’elle s’est étendue au-delà du dénombrable. Là où il y avait une tribu majeure et restreinte en 2003-2005, ce sont maintenant de très nombreux groupes d’auteurs qui forment cette blogosphère BD. Par contre, ce que j’aime en 2009, c’est qu’on retrouve l’ambiance de proximité qui pouvait exister chez certains pionniers (je pense à Libon, Capucine, Poipoipanda, Cha, Melaka, Boulet…) chez une nouvelle génération des blogueurs montants qui sont devenus potes comme Manu XYZ (http://manu-xyz.blogspot.com), Mady (http://www.lesmadeleinesdemady.com), Ronzeau (http://commedesguilis.blogspot.com) et Bambii (http://destrucs.over-blog.com) par exemple.

 

©Manu XYZ

Manu XYZ (extrait)

 

As-tu constaté un changement d'image du blogueur BD ?

Je pense qu’on est en train de perdre le concept de "blogueur" qui était développé par les agences marketing et les médias. On voit aujourd’hui que c’est très commun d’avoir un blog. Tout le monde en a un ou en lit un ; qu’il s’agisse de politiques, de stars de la télé, de ma voisine ou encore de mon entreprise. Du coup, être blogueur n’est plus vraiment un statut social comme il a pu l’être. Demain, ce sera peut-être comme avoir un téléphone : on ne dit pas "lui il est téléphoneur".
Une remarque par contre par rapport à la reconnaissance du blogueur BD, c’est qu’aujourd’hui, éditer un blogueur est assez courant chez les éditeurs, là où les premiers à le faire avaient été raillés. Ce n’est plus "sale" et les blogueurs ne sont plus perçus comme un ramassis d’amateurs débutants. On a bien compris que la plupart étaient de vrais auteurs qui utilisaient les blogs pour prépublier de véritables œuvres. De même, de nombreux auteurs historiques ont aujourd’hui leur blog. Encore une fois l’outil a pris le pas sur le statut en même temps que les premiers blogueurs ont connu le succès.

 

Le nombre de blogueurs édités est-il un indicateur de ce changement ?

Sur le nombre, je ne sais pas mais il est certain que les chiffres de vente de quelques blogueurs adaptés en papier, comme Maliki (http://www.maliki.com) par exemple, ont donné une véritable légitimité à ce type d’initiative. Autre point intéressant, je pense que 90% des blogueurs BD invités lors du premier Festiblog ont vu paraître un album dans les quatre ans qui ont suivi. On a bien compris qu’il y avait autant de talents dans la blogosphère BD qu’ailleurs, encore faut-il le trouver.

 

Est-ce aujourd'hui un endroit où les éditeurs vont sérieusement chercher ?

Oui c’est assez pratique pour un éditeur d’aller faire son marché sur le net. Le problème c’est que tous les blogs ne constituent pas une œuvre, que toutes les notes ne sont pas adaptables, que certains buzz sont liés à une date, que faire un "coup" n’est pas toujours une bonne idée et surtout que le public des blogs BD ne suit pas toujours son auteur favori quand celui-ci met le pied dans l’univers du papier.
Ce n’est donc pas simple. Cela dit, la blogosphère BD est aujourd’hui une sorte de "cahier de tendances" pour les éditeurs. On regarde le style des auteurs qui montent, on trouve de nouveaux publics. Qui aurait dit que les jeunes femmes viendraient à la BD "franco-belge" il y a encore trois ans ? Après la génération des lectrices de manga, on a maintenant tout un tas de filles arrivées à la BD grâce à Pénélope, Laurel (http://www.bloglaurel.com), Margaux Motin (http://margauxmotin.typepad.fr), Diglee (http://diglee.canalblog.com) ou Lucile Gomez (http://www.lucilegomez.fr)… C’est assez génial.

 

 

Voit-on à l'inverse des dessinateurs "classiques" qui se mettent au blog (je pense notamment à Trondheim ou Maëster) ? Sont-ils invités ?

Je pense que pour les auteurs, le blog est un bon moyen d’expérimenter de nouvelles choses, de partager des expérimentations et de garder un contact régulier avec le public. Boulet m’a dit une fois que la conception d’un album était comme une grossesse solitaire, on bosse dessus plusieurs mois, on attend que ça sorte, ensuite seulement on voit le résultat et on a les critiques. Le blog permet de partager les choses au fur et à mesure. Concernant les deux auteurs suscités, ce sont des maîtres et des précurseurs dans plein de domaines. Cela ne m’étonne pas qu’ils se soient mis aux blogs pour tester leurs idées. Concernant la venue de ces auteurs au Festiblog, c'est un secret…

 

Le festival en est à sa cinquième année, quoi de neuf de prévu ?

Plus de monde : on a démarré la première édition avec quarante auteurs invités et ils seront presque cinq fois plus cette année ! Un nouveau lieu aussi : le parvis de la mairie du troisième arrondissement à Paris, sans qui il serait difficile d’accueillir le public qui est de plus en plus nombreux. Il y aura aussi pas mal d’animations : une conférence la veille, une expo, des concours de dessin, une fresque et quelques surprises…

 

Quel est la différence entre une dédicace de blogueur BD et un auteur plus "classique" ?

Durant le Festiblog, la majeure différence est l’ambiance dépourvue d’avidité : tout est gratuit comme sur un blog, les dessins ne nécessitent aucune obligation d’achat et l’entrée est gratuite. Je m’étonne et me réjouis de voir les gens faire la queue dans la bonne humeur, parfois pendant des heures. Cela change de certains salons pollués par les chasseurs de dédicaces. D’autre part, les gens communiquent souvent au préalable avec les auteurs sur le site web, c’est donc souvent la première fois qu’ils se rencontrent physiquement, ça donne des rencontres assez sympathique du fait de cette semi-proximité entre artistes et lecteurs. Cela dit, je crois que ce n’est pas si différent que cela, la BD c’est une histoire de plaisir et d’amour des jolies choses, qu’il y ait blog ou pas…

 

©Penelope

Pénélope Jolicoeur (extrait) : http://www.penelope-jolicoeur.com

 

Festival des Blogs BD et du Webcomics : http://www.festival-blogs-bd.com

 

 

Par Michael Rochette

 

Avis à la populasss' des Jeunes Talents, ceci est un évènement à ne pas rater!!

Par gursky | Signaler un abus

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