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Comment écrit-on un scénario de série TV ?

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Retour sur lee phénomène des séries TV, et état des lieux de la profession de scénariste en France, avec Guillaume Regourd, rédacteur au magazine référence Générique(s).

24h Chrono, Lost, Heroes, Desperate Housewives, Les Experts, Dexter… En quelques années à peine, les séries télévisées américaines ont connu chez nous et dans le monde entier un véritable regain d’intérêt. La faute à des productions ambitieuses aux moyens quasi-cinématographiques qui redéfinissent la narration sérielle et imposent des standards de qualité encore jamais égalés. Qu’elles soient grand public ou plus marginales, ces séries sont un vivier inépuisable de scénaristes pour Hollywood. Retour sur ce phénomène, et état des lieux de la profession en France, avec Guillaume Regourd, rédacteur au magazine référence Générique(s).

Comment écrit-on une série TV à Hollywood aujourd’hui ?

Je ne vais rien vous apprendre en disant qu’il s’agit d’une industrie, donc que le fonctionnement est lui aussi industriel. À une certaine période de l’année, on va vendre un épisode pilote et si celui-ci est validé, on se retrouve à devoir écrire une saison entière en quasi flux tendu. En l’espace de six mois on écrit et on tourne l’intégralité des épisodes : la première moitié entre juin et septembre et l’autre moitié de septembre à décembre, pendant que la première moitié est diffusée. Cette méthode de travail suppose un nombre conséquent d’auteurs car à quelques exceptions près (dont Aaron Sorkin qui a écrit quasiment cinq saisons d’À la Maison Blanche), il est impossible d’écrire une série tout seul.

 

Comment assure-t-on la cohérence d’une série avec autant d’auteurs ?

Il y a ce qu’on appelle un "showrunner", qui chapeaute l’ensemble de la production et en assure la cohérence. C’est un peu l’équivalent du réalisateur au cinéma. C’est un créatif qui a la paternité de la série, mais c’est aussi un producteur qui doit gérer les finances et diriger une équipe d’auteurs ; équipe qui peut aller d’une poignée d’auteurs pour des séries de qualité du câble américain jusqu’à une véritable armée sur les grandes chaînes, où le débit de production est très élevé. Un exemple très simple : l’équipe d’auteurs qu’on voit dans la sitcom 30 Rock, c’est exactement la même chose dans la réalité : il y a un chef, ici Tina Fey, qui coache une équipe de cerveaux qui brainstorment en permanence pour pondre de la ligne en continu. Le showrunner relit ensuite l’intégralité des textes pour s’assurer que ça correspond à sa vision, et une fois validé, ça part en production.

 

Dans cette configuration, une série appartient-elle encore à son créateur ?

Bien entendu, car le showrunner a toujours le dernier mot. Je prends l’exemple le plus récent de Joss Whedon, créateur de Buffy Contre les Vampires, qui sort actuellement Dollhouse aux Etats-Unis : il fait travailler une équipe d’auteurs, il valide leurs scénarios, il fait tourner les épisodes et se rend compte que ça ne marche pas. Il a tout réécrit et il a tout fait refaire. Le showrunner est le patron : il n’a pas toutes les idées, mais c’est lui qui donne ou pas son feu vert. Il peut également arriver qu’il y ait des "sous-showrunners", des hommes de confiance du showrunner qui n’ont peut-être pas la paternité d’une série mais qui sont au moins aussi importants que lui au niveau créatif. C’est le cas par exemple avec Lost, créée par J.J. Abrams mais "pilotée" par Damon Lindelof et Carlton Cuse.

 

Quels sont selon vous les cinq auteurs/producteurs qui comptent le plus à l’heure actuelle ?

J.J. Abrams (Alias, Lost, Fringe…) qui est un des rares nababs de la série télé, au même titre de Jerry Bruckheimer qui produit toute la série des Experts. Il y a aussi Joss Whedon qui, même s’il n’a pas connu de succès public notable depuis Buffy, draine derrière lui une foule incroyable de fans et est à ce titre un producteur d’intérêt pour la Fox, même si Dollhouse venait à ne pas marcher. Et au niveau comédie, je citerais Chuck Lorre (Mon Oncle Charlie, The Big Bang Theory…). Je ne donnerais que ces quatre-là. Ensuite, dans une moindre mesure, je citerais Shawn Ryan (The Shield), Rob Thomas (Veronica Mars), Ryan Murphy (Nip/Tuck) ou dans l’animation Seth MacFarlane (Les Griffin, American Dad!)…

 

Les Américains se sont récemment beaucoup intéressés aux remakes de séries anglaises (The Office, Life on Mars, Worst Week…). D’où vient cette tendance ?

Il faut déjà savoir qu’ils ne cherchent pas qu’en Angleterre : il y a une telle fringale de nouveaux projets que les producteurs cherchent partout que ce soit en Australie, en Israël ou même en France. Mais c’est vrai que l’Angleterre est la deuxième industrie la plus brillante au monde en terme de séries – qui plus est en langue anglaise, ce qui facilite l’importation. En terme de titres, les Anglais ont plus de séries que tout le reste de l’Europe réunie et surtout ce sont des gens très forts en concepts. On prend un concept anglais comme The Office, on l’américanise et ça cartonne. C’est rarement le cas ailleurs, et notamment en France.

 

Justement, où en sommes-nous en France aujourd’hui ?

En France, on aimerait bien mais on n’y arrive pas. La situation est loin d’être désespérée mais il reste encore beaucoup de choses à faire. Même si la télévision est une industrie ici aussi, la fiction reste quelque chose de presque artisanal ; ce qui a son charme mais qui ne peut pas rivaliser avec les standards internationaux sur le court terme. Par exemple, ça coûterait infiniment plus cher à TF1 de produire une fiction dont ils ne seraient pas sûrs en termes de résultat que d’acheter une série américaine qui, elle, va forcément cartonner.

 

Quel est notre problème majeur à l’heure actuelle ?

Les moyens. On essaye d’adapter des techniques anglo-saxonnes sans avoir le background industriel derrière. Donc c’est forcément bancal au final. Il y a aussi beaucoup moins de boîtes de productions, qui peinent à trouver une oreille attentive auprès des diffuseurs qui sont dans une optique de rentabilité immédiate. Mais tout est appelé à évoluer selon moi, tout va se mettre en place petit à petit, et c’est encore Canal+ qui fait figure de précurseur en produisant des fictions de qualité comme La Commune d’Abdel Raouf Dafri, Pigalle d’Hervé Hadmar et Marc Herpoux ou l’excellente Engrenages. Peut-être que la disparition de la publicité sur le service public favorisera aussi la création en faisant disparaître les impératifs commerciaux… Nous sommes dans une vraie phase de mutation où tout reste à faire.

 

Où les scénaristes se forment-ils en France aujourd’hui ?

Il y en a énormément qui apprennent sur le tas, et une des meilleures écoles pour ça, ce sont les séries pour ado du genre de celles qui passent sur KD2A le samedi matin. Plus belle la vie, également. Ou alors des titres qui ont une vraie pérennité et sur lesquels il y a un gros renouvellement, comme Avocats et Associés et les autres polars de France 2. Sinon il y a plusieurs formations possibles, dont une récemment reconnue par l’Etat, celle du Conservatoire Européen d’Ecriture Audiovisuelle (CEEA). Enfin, on peut aussi écrire une série en venant d’un milieu complètement différent, comme policier, réalisateur ou journaliste…

 

Est-ce le cas chez Générique(s), par exemple ?

Et bien il se trouve que oui (rires). Nous avons une rédactrice qui travaille actuellement sur un projet personnel de série…

 

Propos recueillis par Michaël Rochette

Le magazine Générique(s) : www.generiques-mag.com

Le CEEA : www.ceea.edu

il faudrait surtout que la France arrête de prendre exemple sur les modèles de série américaine, qui ne vont qu'aux américains... les series de TF1 ou on voit le "FBI" français...ça manque de crédibilité... et les répliques...essayer de faire des répliques profondes alors que jamais on ne penserait à dire...du genre:"les morts ont toujours quelques chose à dire...", les américains ont l'air plus spontané...^^

Par Original | Signaler un abus

Il faudrait que les chaines de télévision françaises sortent des "normes" qu'une série c'est forcément sur la police, les hôpitaux, la justice... Je pense que le monde est plus vaste et que d'autres idées plus créatives peuvent divertir les ménagères et...les autres !

Par Tristan Hobs | Signaler un abus

la nouvelle saison de Lost, la cinquième, diffusée actuellement aux states, est justement un bon exemple d'excellence d'écriture télé : complexe, fouillée, pleine de rebondissements. Vraiment étonnant...

Par panda_bear | Signaler un abus

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