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Jean-Pierre Angei : l'engagement dans la durée
- Interview
- Photo

Plébiscité en 2008 par la communauté SFR Jeunes Talents dans le cadre du concours Les Rencontres d'Arles, Jean-Pierre Angei récidive en 2009, recevant cette fois les faveurs du jury, et exposera donc à nouveau dans la galerie SFR Jeunes Talents d'Arles ! L'occasion de nous parler de lui et de ses séries plus en détails.
Comment avez-vous commencé la photographie ?
J’ai commencé par la peinture et, à vingt ans, j’ai remplacé mes pinceaux par un vieux reflex. Je lisais les magasines Photo Reporter, Zoom, Photo… Ils étaient ma fenêtre sur le monde photographique. Un article dans Photo Reporter sur Patrick Chauvel a été pour moi la révélation sur l’engagement d’un photographe : bien au-delà des images, c’est le risque encouru pour témoigner qui m’a profondément marqué.
Vous avez déjà été lauréat du concours SFR Jeunes Talents – Les Rencontres d'Arles l’année dernière… Vos impressions sur cette nouvelle nomination ?
C’est une joie, et une surprise ! Je suis plus que ravi d’être lauréat, et le fait que mon dossier ait été remarqué dans le flot d’images de qualité renforce mon enthousiasme, d’autant plus que le travail choisi me tient particulièrement à cœur : j’ai mis huit ans pour le finaliser ! C’est une très belle récompense pour ce travail.

Extrait de la série "Femmes jusqu'au bout" ©Angei
Comment se sont passées les Rencontres de l’année dernière ? Qu’en attendez vous cette année ?
Je fréquente Arles régulièrement depuis 16 ans, c’est une concentration d’énergie qui s’en dégage, c’est un bain de vitalité qui me ressource, alors imaginez ! J'étais aux anges d'être exposé l’année dernière avec la galerie SFR Jeunes Talents au cœur d’Arles, mais je ne m’attendais pas à un accueil aussi chaleureux et professionnel de toute l’équipe SFR et de la scénographie mise en place . Mon travail sur des portraits de femmes enceintes prenait de l’ampleur. Être lauréat à Arles cette année et exposer aux côtés de Reza est un honneur. Ce sont aussi les 40 ans des Rencontres et quelles belles Rencontres ! Celles d’humanistes, à l’image des invités. Arles, c’est un moment de découvertes et d’échanges, grâce à ce langage universel qu’est la photographie.
Les femmes sont très présentes dans votre série, est-ce un choix de votre part ?
Les 9 diptyques sont issus d’une série de 30, dans laquelle on trouve 25 femmes. Elles étaient déjà nombreuses à l’usine : elles représentaient 95% de l’effectif, qui comptait 800 personnes. Dix-neuf ans après la fermeture de l’usine, elles sont toujours majoritaires au sein de l’Association des anciens de Lustucru. J'ai été inspiré par l'engagement d’une femme, Marie Claire Abric, ancienne syndicaliste qui, durant 33 ans, a défendu les droits de ses camarades, et qui continue encore aujourd’hui avec ses amies, par le biais de l'association, à réunir cette famille.

Extrait de la série "Lustucru, des visages, des figures" ©Angei
Comment vous est venue l'idée de contacter les anciens de Lustucru ?
Lorsque je photographiais l’usine en friche, je l’imaginais avec ses ouvrières. Il me paraissait évident de les retrouver pour leur montrer le portrait que j’en avait fait juste avant qu’elle ne soit détruite. Je la leur ai présentée comme une personne faisant partie de leur famille, qu’elles n’avaient pas revue depuis plus de quinze ans et qui avait vieilli. Lustucru est né à Grenoble, l’usine était ancrée dans la région depuis plus de quatre-vingt-dix ans.
Comment avez-vous choisi d'associer telle personne à tel lieu ?
C’est au fil des rencontres et des entretiens enregistrés que j’ai appris à connaître ces personnes et, à travers elles, l'usine. J’ai pu associer certaines d'entre elles à un lieu qui leur était propre. En décidant de ces associations, j’avais en tête la phrase d’une ouvrière qui y a travaillé 42 ans, et qui m’a dit : "Après tant d’années à travailler, il y a un morceau de l’usine qui m’appartient !"
Pourquoi avoir choisi de faire des diptyques plutôt que des mises en scène in situ ?
J’ai photographié les anciens ouvriers six ans après la destruction de l’usine ! De toute façon, je les aurais photographiés de la même manière si l’usine était encore là. C’est un hommage que je veux leur rendre en tant qu’êtres à part entière, en tant que famille dont la maison était une usine.

Extrait de la série "Le Collectif" ©Angei
Lorsque l'on regarde l'ensemble de vos photos, on retrouve souvent une notion de communauté, les travailleurs de Lustucru, le Collectif... D'où cela vous vient-il ?
Fils d’immigré né en France, mais déclaré Italien, j’ai passé mon enfance à être Français en Italie et Italien en France. J’ai grandi dans les quartiers nord de Marseille, dans une cité où j’étais l’étranger. Comment trouver sa place ? J’ai fini par trancher : je suis humain, et mon pays, c’est la Terre. On s’enlève un gros poids des épaules quand on arrive à cette conclusion ! Aujourd’hui, par la photographie, je veux montrer qu’on est tous humains, et redonner une dignité à ce mot.
Vos sujets flirtent souvent avec l'actualité, tout en conservant une certaine distance, une certaine neutralité vis-à-vis d'elle. Êtes vous d’accord ?
Mes sujets sont des coups de cœur. Ils m’ont demandé de plusieurs mois à des années pour les concrétiser, sans aucun impératif. S’ils sont parfois rattrapés par l’actualité, la distance et la neutralité sont forcément présentes, car je ne revendique rien. Sur Lustucru par exemple, je refuse le misérabilisme. J’ai rencontré des personnes qui étaient fières de ce qu’elles étaient et de ce qu'elles avaient fait. Je les ai photographiées telles qu’elles sont.
Propos recueillis par Martin Cazenave & Laetitia Ferrer
Découvrez le profil Jeune Talent de Angei : http://photo.sfrjeunestalents.fr/artiste/angei/
Découvrez les autres lauréats du concours Les Rencontres d'Arles 2009 : http://photo.sfrjeunestalents.fr/evenements/prix-concours-rencontres-arles-2009/
Crédit Photo en en tête de l'article : ©Angei







COMMENTAIRES
(2)
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On te crois sur parole Pépette! Bravo Angeî, tes images sont vraiment sensibles et tes sujets bien choisis. Beau travail!
Par manu12 | Signaler un abus
Un talent plus que certain à saisir l'émotion et les visages... Parole de Pépette!
Par pepette013 | Signaler un abus
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