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La Féline en interview
- Interview
- Musique

Un premier EP folk-pop qui invite à l'évasion, des remixes électro et une accumulation de concerts notamment dans des salles prestigieuses comme la Cigale ou la Maroquinerie, le trio La Féline, formé par Agnès, Xavier et Stéphane tracent doucement mais sûrement son chemin. Afin de mieux vous présenter ces félins au futur prometteur, nous sommes partis, jeudi 6 novembre, à leur rencontre. Entretien dans les loges de la mythique salle des Trois Baudets, quelques heures avant leur entrée en scène pour la soirée Boutiques Sonores.
Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer la formation du groupe jusqu'à son line-up actuel ?
Agnès : Au départ, c'était un projet que j'avais un peu toute seule, il y a presque 5 ans. Puis, progressivement, je me suis entouré de gens. Je connaissais Xavier, c'est quelqu'un qui m'a paru indispensable au fur et à mesure. Ensuite, on a rencontré Stéphane au Festival des Inaperçus, où il jouait avec son groupe, Poster Moderne, il y a deux ans. Donc, on s'est trouvés et maintenant, on ne se quitte plus.
Et si vous deviez décrire votre style musical ?
Agnès : Il y a une base folk mais c'est de la folk qui lorgne vers de la pop et aussi vers de l'électro, avec des ambiances un peu sombres parfois mais pas de façon systématique. Donc, une folk protéiforme, malléable. Les instruments déterminent beaucoup la couleur, c'est-à-dire qu'il y a une guitare folk mais aussi un synthé basse.
Xavier : Ouais, on a une guitare, deux synthés et une batterie. Donc, ça nous fait un son peut-être un peu particulier, un peu ramassé.
Agnès : Pas mal de chœurs aussi...
Et au niveau des influences ?
Agnès : On a des influences mais plus ça va et moins ça va ressembler à quelque chose qu'on aime écouter. La folk, Neil Young, on aime mais pas seulement. On aime Moroder, Fever Ray, Kate Bush, toutes les chanteuses qui font des trucs un peu bizarres. On aime aussi les morceaux de Badalamenti pour la bande originale de Twin Peaks, les voix de Julee Cruise, ces ambiances un peu de cabaret sombre.
Je crois savoir que le nom du groupe renvoie à un classique du cinéma d'horreur des années 40 (La Féline de Jacques Tourneur, en 1942) dans lequel une femme se transforme en panthère. C'est juste un hommage ou c'est plus compliqué que ça ?
Agnès : Bah, je me transforme en panthère en fait. (rires) Non, en fait, c'est un film d'horreur des années 40 mais en même temps, c'est très sobre. Il y a une espèce d'élégance dans tout le film, en noir et blanc, il y a des contrastes. J'aime bien cette idée d'élégance et de mystère, l'étrangeté... En plus le mot "La Féline", je trouve que c'est un beau mot. Donc voilà, c'est à la fois sonore et puis, ce film pour faire référence à un univers cinématographique assez présent.
Quelles émotions tentez-vous de transmettre à travers votre musique et de quoi vous inspirez-vous au niveau des textes ?
Xavier : T'aimes bien transmettre la peur, non ?!
Agnès : Oui... (rires) C'est moi qui écris les textes pour le moment...
Stéphane : C'est bien l'idée de créer une tension, pas de la peur.
Agnès : Ouais, pas de la peur mais une intimité très forte qui peut devenir inquiétante. Une intimité, ça peut aller dans la confidence, même le désir dans une tension amoureuse mais avec toujours un risque... On retrouve beaucoup ça chez Fever Ray ; quand elle chante, c'est à la fois super séduisant et en même temps, tu te demandes si elle ne va pas te bouffer au bout d'un moment. J'essaie de faire des textes qui ne parlent pas directement d'amour, mais tous en parlent forcément plus ou moins.
Comment s'est présenté à vous le projet de remixes qui soutient la sortie de votre EP ?
Xavier : Stéphane avait fait un remix, These Are Boys. Pour Mondkopf, c'est une histoire d'échanges de remix. J'en avais fait un pour lui et lui, quand il a écouté le EP, il a eu envie de remixer Three Graces.
Stéphane : Puis du coup, comme il existait déjà un remix que j'avais fait, mais un petit peu dans le vent pour le plaisir, je me suis dit que j'allais en faire un autre à partir d'un autre morceau du EP. De fil en aiguille, ça a fait trois remixes, alors on s'est dit qu'on allait faire un inédit qui allait sonner un peu dans l'esprit des remixes, c'est-à-dire très électronique. Aucun élément organique dedans, c'est vraiment du travail de home-studio.
Xavier : Il y a aussi qu'on est un peu en révolution permanente. Avec les morceaux de scène, on n'arrête pas de les rechanger de forme, on n'arrête pas de s'auto-remixer. Chez nous, c'est une tendance naturelle de repolariser un morceau dans une autre direction.
Agnès : D'ailleurs, c'est bien. On a certains fans qui viennent à chaque concert et à chaque fois, c'est différent.
Et la scène justement, ça représente quoi pour vous ?
Agnès : C'est ce qu'il y a d'excitant. Ça donne envie de composer. On a aussi une culture studio avec Stéphane et Xavier, mais la scène, c'est indispensable. La vie du groupe est énormément liée à ça. On est trop contents de jouer. On flippe pas mal mais on adore ça... Quand on a fait la Cigale par exemple, c'était chouette, mais ce n'était pas le bon moment pour nous.
Xavier : On était un peu paralysés. Dans tous les cas, la scène reste vachement le cœur du truc. On passe beaucoup plus de temps à répéter qu'à enregistrer.
A propos d'enregistrement, où en est la conception du premier album ?
Agnès : En fait, on a beaucoup de chansons sous le coude et même en avant du coude. Donc, on va faire un tri et on compte enregistrer ce mois-ci. Mais, c'est encore à la maison, tout seuls. Il y a une limite. On a un côté organique et un côté ample qui, à la maison, est difficile à rendre. Donc, on repousse un peu le moment d'enregistrer parce qu'on a envie de collaborer avec des gens...
Stéphane : Voilà. Ça arrive quand ça arrive mais, en même temps, on ne peut pas attendre parce que peut-être que ça n'arrivera pas, ou dans un an... Mais, dans un an...
Xavier : Il faut toujours qu'on ait un coup d'avance, quelque chose à proposer.
Agnès : On ne veut pas rester passifs...
Stéphane : Sinon ça meurt.
Agnès : C'est un peu ça aujourd'hui, t'as l'impression qu'il n'y a plus de mecs qui voient les potentiels et vont accompagner des groupes. Ils veulent du tout cuit.
Vous pensez que votre identité musicale n'est pas assez lisible pour les maisons de disques ?
Agnès : Je n'en sais rien, mais c'est vrai que parfois, je me pose des questions. On commence à avoir un public assez enthousiaste, c'est chouette, on ne manque pas de reconnaissance en soi, mais les maisons de disques par contre, c'est un peu le désert.
En écoute : La Féline - Mystery Train
La Féline en concert le 4 février 2010 à L'International (Paris)
Propos recueillis par Pascal Debomy
Crédit Photo : © ADELAP






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