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La tribune de Christian Caujolle : Willy Ronis
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Ancien directeur de la célèbre Agence VU, commissaire d’exposition et parrain de prestige de l’univers Photo&Grafic sur SFR Jeunes Talents, Christian Caujolle revient pour vous sur le monde de la photo dans une tribune bimensuelle. A l’occasion d’un hommage rendu à ce célèbre photographe lors de Paris Photo, Christian Caujolle revient, quelques semaines après son décès, sur l’œuvre de Willy Ronis.
La disparition de Willy Ronis, doyen des photographes français alors qu’il allait être centenaire, a été accueillie avec une indéniable émotion. Encore plus grande pour ceux qui avaient pu, au mois de juillet à Arles, voir le bonheur et la vivacité d’esprit de cet homme qui recevait les compliments avec élégance et modestie et savait se rendre disponible au point de ne pas hésiter à signer, durant des heures, tous ses ouvrages, y compris ceux, anciens, que des collectionneurs apportaient par piles dans leurs cabas… Ce devait être sa dernière exposition de son vivant.
Célébré par la presse comme par les officiels de la culture, il a cependant donné l’occasion, une fois de plus, à une de ces simplifications dont notre pays semble friand. Et, si l’on a oublié de dire que sa reconnaissance, tout comme celle des photographes importants de sa génération est récente (elle ne date que du milieu des années quatre vingt), on a longuement glosé sur ce que l’on nomme tour à tour "l’école française", "l’humanisme à la française", voire l'"école de Paris". Toutes choses qui n’ont jamais existé mais qu’un regard nostalgique sur un Paris disparu des années cinquante et une photographie de rue, proche des gens et des petites gens, aujourd’hui impossible à pratiquer, mythifie par facilité. Robert Doisneau, Izis, Edouard Boubat, Jean-Philippe Charbonnier et Willy Ronis ont travaillé à Paris, à la même époque et se sont attachés à des thèmes comparables qui leur étaient dictés par une pratique professionnelle. Mais chacun avait son approche, à défaut d’un "style", et les personnalités de ceux qui dialoguaient avec les poètes n’avaient que peu à voir avec celle de ceux qui faisaient le choix d’accompagner et d’explorer les situations sociales. Willy Ronis était de ceux là, fidèle à des engagements, à des valeurs, à une indéfectible droiture.
Et il n’aurait certainement pas aimé que l’on ait donné l’impression, en l’encensant au moment où il disparaissait, que tout un pan de la photographie française avait disparu. Il aurait rappelé que Sabine Weiss est bien vivante et que Daniel Frasnay, éternel oublié (en grande partie par sa propre faute) a construit une des œuvres les plus singulières de ce moment de l’histoire de la photographie française.
Par Christian Caujolle
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