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Nos étés d’Arles - Episode 4 : le regard humaniste de Frédéric Mitterrand
- Reportage
- Photo

Chaque semaine pendant tout l'été, SFR Jeunes Talents accueille l'équipe de Photographie.com, qui nous raconte les temps forts de cette 40ème édition des Rencontres d'Arles. Jusqu'à la fin du mois d'août, nous vous proposons de répondre à notre quizz photographique pour essayer de gagner des tirages signés et numérotés de Marc Montméat et de Nicola Lo Calzo, lauréats SFR JT exposés à Arles et parrainés par le célèbre photoreporter Reza. Vous trouverez les bonnes réponses en lisant les chroniques dédiées aux Rencontres d'Arles...
Vingt-deux ans après la projection de son film sur l’agence Rapho, berceau des photographes humanistes, Frédéric Mitterrand est de retour à Arles pour les Rencontres de la Photographie, mais cette fois-ci en tant que ministre de la Culture et de la Communication.
Venu pour annoncer la création grand Centre Patrimonial de la Photographie à Arles, Frédéric Mitterrand retrouve une ville qui tout l'été vibrera avec plus de quatre-vingts expositions réparties au sein de la cité camarguaise. Une fête de l'image qui célèbre avec faste les quarante années du plus beau festival du monde, où le regard humaniste n'a pas disparu. On suit sa trace avec les invités de Robert Delpire, la rétrospective de Willy Ronis ; il résonne encore dans les expos de Raed Bawayah, de Rimaldas Viksraitis ou dans les références de Jacob Aue Sobol.
"Je fais votre histoire"
par Chantal Soler, ex-directrice adjointe de l'agence Rapho et directrice de production du service culturel d'Eyedea
Je suis allée pour la première fois aux Rencontres d'Arles en 1986, quand François Hébel en a pris la direction. Je le connaissais bien, nous avions dirigé ensemble certaines expositions de Doisneau. Cette année-là, les Rencontres avaient consacré une soirée aux dix ans de Contact Press Images. Rien n'avait jamais été fait pour Rapho, et je trouvais que l'agence ferait aussi un beau sujet de soirée. François était d'accord, mais il voulait une idée originale. Le nom de Frédéric Mitterrand, qui produisait à ce moment-là son émission Étoiles et toiles, s'est imposé comme une évidence. J'ai contacté son agent, Sylvie Grumbach, du Deuxième Bureau. Elle savait qu'il aimait la photo. Avec François Hébel, nous avons rencontré Frédéric Mitterrand. J'ai parlé de Rapho et de Doisneau, François Hébel a parlé des Rencontres. Frédéric Mitterrand s'est levé et a dit : "C'est un gros pari, ça m'intéresse, je fais votre histoire !"
On s'est retrouvé deux semaines plus tard chez Rapho avec Raymond Grosset, dont j'étais l'adjointe. Raymond Grosset a raconté d'un trait toute l'histoire de Rapho. Frédéric Mitterrand était occupé le jour et ne pouvait travailler que la nuit. Nous lui avons fait faire une clef, il avait toute l'agence pour lui. Pendant six mois, plusieurs fois par semaine, on est venu ouvrir les boîtes de 9 heures du soir à 2 ou 3 heures du matin. Après quoi, je lui ai organisé des rendez-vous avec les photographes : Janine Niepce, Sabine Weiss, Willy Ronis, Edouard Boubat... Curieusement, il avait gardé Doisneau pour la fin, mais ils n'ont pu se rencontrer qu'à Arles.
Je cherchais un partenaire financier, nous n'avions encore aucun moyen. Frédéric Mitterrand m'a dit "Chantal, on avance, on verra l'argent après." Et nous l'avons obtenu avec l'implication du Crédit Foncier et de Pierre Gassmann, qui nous a offert tous les tirages. Frédéric Mitterrand avait confié la réalisation à Patrick Jeudy.
Le film, qui s'appelait Rapho, histoire d'une famille, a été achevé l'avant-veille de sa projection à Arles, en juillet 1987. Je l'ai découvert à la Mairie d'Arles en le visionnant avec Françoise Ayxendri, qui devait faire son papier pour Le Matin de Paris. Toutes les deux, nous avons reçu un choc : le film était intégralement en banc-titre, et Frédéric Mitterrand, à travers six-cents photographies, racontait une histoire qui pouvait être la sienne liée à celle de l'histoire du monde des années 1940 à 1980. Au théâtre antique, il a reçu une ovation. Nous étions cent-cinquante photographes et membres de l'agence autour de Raymond Grosset, et tout le monde a été appelé sur la scène. À partir de cet événement, on n'a plus regardé Rapho de la même façon.
Le lendemain, à la conférence de presse qui avait lieu dans l'amphithéâtre de l'École Nationale de la Photographie, un photographe a essayé d'embarrasser Frédéric Mitterrand avec une question obscure, mal formulée. Jean-François Leroy, qui était alors rédacteur en chef de Photo Magazine, s'est levé pour dire à Frédéric Mitterrand "Ce monsieur essaie de vous demander pourquoi, au lieu de faire long et chiant, vous avez fait court et bien". Après vingt ans, à Arles, on nous parle encore de ce film !
Actes Sud avait édité un livre, Tous désirs confondus, qui était le texte écrit par Frédéric Mitterrand, et qui est réédité cette année. Pour la projection du film, il était prévu que le cinéaste Frédéric Mitterrand puisse descendre, mais c'était avant sa nomination. Il est finalement venu comme ministre de la Culture !
Propos recueillis par Hervé Le Goff
Alors, avec le temps qui passe, les chagrins personnels et les drames du monde s’estompent aussi peu à peu. Oh, cela ne veut pas dire qu’ils disparaissent, ni qu’on ne veuille plus savoir qu’ils existent malgré tout, non, il s’agit de tout autre chose ; de sentir seulement qu’il est temps d’entrer à son tour dans la grande photo du monde, d’y apporter intacts les élans et les joies de son enfance, de témoigner enfin du bonheur unique de vivre."
Texte de Frédéric Mitterrand extrait du livre Tous désirs confondus (éditions Actes Sud) et du film Rapho, histoire d’une famille, réalisé par Patrick Jeudy.
Yury Toroptsov and Marilyn
Le photographe russe Yury Toroptsov fait revivre les souvenirs à sa manière. Son travail Marilyn and I, une œuvre sur le rapport de
l’humain à sa propre identité et à la permanence des mythes, est un
hommage aux admirateurs de Marilyn Monroe. "Le projet Marilyn and I
a commencé en 2005, quand un ami collectionneur a acheté aux enchères à
Los Angeles une robe authentique de la garde-robe personnelle de Marilyn
Monroe. Cette robe en vichy bleu du début des années 1950 évoque tout de
suite, par sa forme, l’image universelle de Marilyn, qui appartient à
notre imaginaire collectif.
En commençant mon projet, les questions que je
me suis posées étaient 'Pourquoi Marilyn, plus de quarante ans après sa
mort, fascine-t-elle et intéresse-t-elle toujours autant de gens ? Par
quel type de relation ses admirateurs se sont-ils liés à son image ?'
Pour essayer de répondre à ces questions, j’ai fait appel à ceux qui
aiment Marilyn profondément, à ceux pour qui Marilyn représente quelque
chose de plus important qu’une célèbre actrice d’Hollywood. Pour ces
personnes qui sont devenues mes modèles, la rencontre avec une robe qui à
touché le corps de leur idole a provoqué beaucoup d’émotions, que
j’ai essayé de capter avec mon appareil.
C’était le moment où le
réel rencontrait l’imaginaire, car, pour la plupart de mes modèles,
Marilyn n’existait que sur les écrans de cinéma ou de télévision,
dans les livres et, surtout, dans leur imaginaire."
Des personnalités (Frédéric Mitterrand, Patrick Poivre d’Arvor…)
mais aussi des inconnus ont posé pour Yury Toroptsov avec la robe de
Marilyn…
"C’est assez simple en somme, il suffit d’écouter, de regarder et puis de se laisser guider en veillant à ce que nul souvenir jamais ne manque, parce que les souvenirs ouvrent mille chemins de traverse inattendus, à chacun des sons que l’on perçoit, à chacune des vues que l’on découvre…

Marilyn and I © Yury Toroptsov
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© Edouard Boubat, Rapho-Eyedea

© Edouard Boubat, Rapho-Eyedea

Cette photo d'Ergy Landau a beaucoup inspiré Frédéric Mitterrand lors de la création du film sur l'agence Rapho. Elle évoque toutes les facettes de la féminité © Ergy Landau, Rapho-Eyedea
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© Robert Doisneau, Rapho-Eyedea

© Sandford Roth, Rapho-Eyedea
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© Willy Ronis, Rapho-Eyedea

Robert Doisneau et Yvette Troispoux, Arles 1986 © Patrice Bouvier

Frédéric Mitterrand, Arles 1987 © Didier de Faÿs / Photographie.com

Frédéric Mitterrand, Arles 2009 © Didier de Faÿs / Photographie.com

Raed-Bawayah et Frédéric Mitterrand, Arles 2009 © Didier de Faÿs / Photographie.com
Frédéric Mitterrand dans Le voleur de bicyclette, Arles 2009 © Didier de Faÿs / Photographie.com
Rapho, histoire d'une famille
Dans son film Rapho, histoire d’une famille, Frédéric Mitterrand, porte sur l’agence le même regard passionné que celui qu’il réservait habituellement aux stars de cinéma… L’agence Rapho, plus vieille agence de photojournalisme française, a su être le témoin de tous les événements majeurs de ces dernières décennies. En regroupant autour de lui quelques amis photographes indépendants afin de diffuser leurs travaux, Charles Rado, le fondateur de Rapho, crée ainsi en 1933, le concept d’"agence". Le nom vient de la contraction de Rado et de Photo. Pendant la guerre, il s'installe aux États-Unis avec Émile Savitry, Ergy Landau, Ylla et Brassaï. Raymond Grosset lui fera prendre son essor dès 1946. Aujourd’hui, l’agence a tout un réseau de photographes dans de nombreux pays, ainsi que des agences correspondantes qui diffusent sa production à travers le monde. Elle fait partie du groupe Eyedea.
Rimaldas Viksraitis
présenté par Martin Parr
Rimaldas Viksraitis est un photographe lituanien qui travaille dans et autour de son village, photographiant un mode de vie qui tend à disparaître. Un univers où tous les dysfonctionnements, alimentés par une consommation importante d’alcool local, deviennent, du fait de l’euphorie générale, des qualités. Il se rend aux fêtes, boit et discute avec ses sujets. Leurs vies ne sont pas encombrées des gadgets de la vie moderne, qui éradiquent bien souvent toute communication significative au sein de la famille. On voit qu’il prend un grand plaisir et qu’il est à l’aise avec ses sujets. De plus, les modèles de Viksraitis n’ont pas peur de se dénuder. J’imagine que c’est grâce à l’alcool maison et au climat plutôt chaud, à moins qu’ils ne couchent tous ensemble aussi ? Au beau milieu de tout cela, de nombreux animaux partagent leur vie quotidienne. Ils apparaissent à tout bout de champ, de manière irréelle, visiblement intégrés à l’environnement. Ils partagent tout naturellement l’intimité de la famille. Les images qui en résultent sont à la fois légèrement folles et délicieusement surréalistes. Elles sont également séduisantes : si je parlais le lituanien, j’adorerais me joindre à la fête. Mais grâce à Rimaldas Viksraitis, nous sommes au premier rang pour assister à l’émotion, à l’enivrement et à la folie qui s’ensuit.
Exposition présentée à la Grande Halle des Ateliers SNCF, Arles

Rêves de ferme, 2001, © Rimaldas Viksraitis

Rimaldas Viksraitis, Arles 2009 © Didier de Faÿs / Photographie.com
Raed Bawayah
présenté par Agnès de Gouvion Saint-Cyrr
Raed Bawayah s’est glissé dans la vie quotidienne des tziganes et des gitans, dans ces communautés très soudées entre elles et trop souvent ignorées, voire rejetées dans des espaces incertains, repliées sur elles-mêmes et sur leur culture. La roulotte demeure encore trop souvent le symbole de leur propre enfermement, celui qui les protège toutefois, avant de reprendre le chemin du voyage. En quelques images rigoureusement construites, Raed souligne cette tendresse qui unit les membres du clan, la fierté devant leurs traditions et la mélancolie du départ vers un autre ailleurs. Avec une grande délicatesse, une compassion et une pudeur évidentes, Raed Bawayah dépeint avec subtilité ce quotidien qui lui est si proche et la situation des communautés ou des peuples qui n’ont d’autre choix que de subir leur enfermement.
Exposition présentée à la Grande Halle des Ateliers SNCF, Arles

Des enfants tziganes à Montreuil, France 2008, commande du ministère de la Culture et de la Communication – Centre national des arts plastiques, France © Raed Bawayah
Jacob Aue Sobol
présenté par la galerie 'VU
"J’ai débarqué pour la première fois à Tokyo au printemps 2006. (…) Cherchant désespérément le moyen de rompre ma sensation d’isolement et de solitude, je me suis mis à promener mon appareil photo de poche dans les rues et les parcs. (…) Mes photos sont nées au gré de rencontres fortuites, sans autre guide que ma curiosité, mon humeur du jour et mon sentiment de la ville à mesure que je la découvrais. Autant que possible, j’ai travaillé à l’instinct. Prendre des photos a quelque chose d’un jeu improvisé. Il me semble que plus une photo est spontanée et irréfléchie, plus elle devient vivante, et plus elle passe de l’ordre du montrer à celui de l’exister."
Exposition présentée au Magasin Électrique, Parc des Ateliers







COMMENTAIRES
(2)
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C'est cool de connaître l'histoire de ce film fait pas mitterand. Merci
Par cookiepoca | Signaler un abus
L'exposition Sobol était l'une des meilleurs du festival...
Par Lali01 | Signaler un abus
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