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Prête-moi ta plume : le métier d’écrivain public

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C’est le deuxième plus vieux métier du monde : des scribes de l’Ancienne Égypte aux biographes d’illustres inconnus, l’écrivain public a toujours été au service de ceux qui, faute de compétences ou d’inspiration, ne trouvaient pas les mots. À la fois sociale et littéraire, la profession couvre une multitude d’aspects, du courrier administratif au récit de vie en passant par le discours officiel ou la lettre d’amour. Rencontre avec Frédéric Praud, écrivain public depuis 1999.

 

Quel est votre parcours ?

Après un DESS de communication sociale, j’ai fait du journalisme, puis de l’animation sociale. Mais en tant que journaliste, on n’a pas le temps d’écouter ; éducateur, on est posté quelque part. Moi, j’aime aider les gens, et j’avais besoin de liberté. Écrivain public, c’est un métier humain, dont l’objet est de mettre l’autre en valeur (il existe aujourd’hui des formations diplômantes, à l’Université de Toulon et à la Sorbonne, NDLR).

 

Quelles sont les compétences requises?

Avant tout, il faut savoir écouter, et être apte à aller vers tous les milieux. Ce n’est pas un métier pour les aspirants écrivains, qui aiment surtout leur plume. De plus, il faut une solide culture générale : si l’on doit faire des papiers pour une demande de titre de séjour, il faut être capable de maîtriser toutes les conditions économiques, sociales et politiques qui ont poussé une personne à quitter son pays, afin de bien défendre son dossier.

 

Le métier d’écrivain public regroupe plusieurs aspects. Le plus traditionnel consiste à aider un particulier dans ses démarches administratives…

Il faut savoir à peu près tout faire, de l’acte notarié pour un legs aux demandes d’allocations, en passant par l’écriture de CV ou de lettres de motivation. Il nous arrive aussi de faire de la communication d’entreprise, de rédiger des brochures, mais aussi l’éloge d’un responsable ou l’histoire d’un service, ce qui s’approche plus de l’aspect biographique.

 

A propos de ces récits de vie… Qui vous en commande ?

Des familles, ou des particuliers. Des personnes âgées qui veulent transmettre quelque chose à leurs enfants ou petits-enfants. Pour faire une biographie, je rencontre la personne, et je l’interviewe pendant des heures. Ensuite, je rédige et nous relisons ensemble. C’est avant tout une relation, un aller-retour entre l’oral et l’écrit. Il s’agit d’écouter, d’observer, de respecter l’autre. Ça peut durer un an, un an et demi. Pour ma part, j’en ai fait plus de 80.

 

Certains entretiens vous ont-ils particulièrement marqué ?

Je me souviens d’une personne très âgée qui me racontait son mariage. Quand il a demandé à son épouse de nous rejoindre, elle lui a dit : "u sais très bien que ce n’est pas toi que j’aimais, que c’était un mariage forcé." Il est devenu tout pâle. C’est là qu’elle a ajouté : "mais aujourd’hui, je t’aime." C’était un joli moment. Dans le registre du travail traditionnel d’écrivain public, quelqu’un m’a demandé, un jour, d’écrire l’éloge funèbre de son père… qui n’était pas encore décédé ! Ce qui est très dur, ce sont les récits de guerre. Parfois, il m’arrive d’aller pleurer dehors, mais jamais devant la personne. C’est aussi la réalité de ce métier : il faut rester professionnel, conserver une distance par rapport à l’autre, sans quoi elle ne raconte plus les choses de la même façon.

 

Quels sont vos tarifs?

Une biographie coûte environ 2 000 euros. Sinon, cela va de 30 euros pour une lettre à 200 euros pour un discours. Il faut être réaliste : toutes les semaines apparaissent de nouveaux sites web d’écrivains publics. Les gens sont attirés par un mythe, mais se rendent vite compte de la réalité : comme pour n’importe quel métier, il faut gagner sa vie, et c’est difficile (en France, les écrivains publics gagnent en moyenne 1 800 euros net par mois, mais seuls 10% d’entre eux en vivent à plein temps, NDLR). Pour ma part, j’ai un statut de profession libérale, et c’est mon activité principale. Pour ceux qui cherchent la sécurité de l’emploi, mieux vaut trouver un poste administratif dans une structure sociale.

 

Votre travail d’écrivain public vous a poussé à créer l’association Paroles d’Hommes et de Femmes : quelles sont ses actions ?

Dans le cadre du projet 100 témoins, 100 écoles, des migrants ou des personnes âgées viennent raconter leur parcours de vie, que nous avons écrit ensemble, dans des établissements scolaires. Les anciens y trouvent une écoute, et apprennent à raconter leur récit aux autres. Quant aux jeunes, ils s’enrichissent de ces différences. La société passe son temps à séparer les gens : moi, j’essaie de les rassembler.

 

 

Propos recueillis par Pascaline Potdevin

 

Le site de Frédéric Praud : www.parolesdhommesetdefemmes.fr

Je me permets d'entrer dans la discussion, je pense que vos deux points de vues sont tous les deux valides. Vous Eric êtes dans la profession et en ce sens je pense effectivement que tout travail mérite salaire. Vous Cookiepoca ne semblez pas être professionnelle et par conséquent autant boire une bière avec vos amis que vous aidez! Bonne route à vous deux

Par Lali01 | Signaler un abus

Pour 5euros autant ne rien demandé... on entre dans le principe "tout travail mérite salaire"... Je veux dire que oui, un tarif dégressif en fonction de ce que l'on demande, mais le 5euros symbolique je ne trouve pas ca... enfin, les gens, normalement d'eux même doivent faire un geste, payer un café ou une bière! mais 5 euros...

Par cookiepoca | Signaler un abus

Il y a tout de même débat sur la question! Je ne suis pas contre ce que tu dis, mais clairement il y a moins de discours et de biographie que de lettre et autre papier... Faut remplir le frigo quoi!

Par cookiepoca | Signaler un abus

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