Alban Lecuyer : "Communiquer par téléphone, cela revient symboliquement à toquer à la fenêtre de quelqu’un"

Le 18/03/2012 à 12h03, par SFR Jeunes Talents

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Alban Lécuyer

Alban Lecuyer : "Communiquer par téléphone, cela revient symboliquement à toquer à la fenêtre de quelqu’un"

Il y a quelques semaines, SFR faisait appel à 4 Jeunes Talents pour illustrer les 5 barres caractéristiques de son réseau via une opération Facebook sans précédent. Au terme d'un intense vote du public, Alban Lecuyer a emporté les suffrages avec sa photo Façade Nocturne. Il voit son travail mis en lumière du 19 au 24 mars dans des cubes géants à des endroits à forte visibilité (Beaubourg, Paris MK2, Gare de Lyon et Parvis de la Défense). Rencontre avec ce photographe, lauréat également l'année dernière du concours SFR Jeunes Talents Fêtart/Circulation(s).

 

Comment as-tu abordé le concours SFR Jeunes Talents Réseau ?

Avec beaucoup d’enthousiasme : j’étais à la fois heureux de voir ces images entamer une nouvelle vie, au-delà de la commande initiale, et parfaitement détendu puisque je ne pensais pas un instant que j’allais gagner ! Le vote ouvert au public a donné à ce concours une dimension plus ludique que d’habitude, et peu à peu je me suis laissé prendre au jeu en suivant l’évolution des "likes" en faveur des différentes photos en compétition.

Comment as-tu réalisé la photo Façade nocturne ?

Façade nocturne

Communiquer par téléphone, cela revient symboliquement à toquer à la fenêtre de quelqu’un. S’il décroche, c’est qu’il accepte d’ouvrir la fenêtre. J’ai donc développé cette idée en photographiant des ambiances de soirées entre amis, d’intimité ou de travail qui me semblaient significatives. J’ai réalisé les prises de vues à la tombée de la nuit, quand l’ordre des choses s’inverse : à mesure que l’extérieur s’efface, l’intérieur gagne en visibilité. Des territoires d’ordinaire clos, individuels, s’ouvrent sur la rue pour prendre une texture plus transparente, provoquant un rétrécissement des distances entre les individus. J’avais en tête plusieurs tableaux d’Edward Hopper où la façade, d’une manière générale, masque autant qu’elle révèle l’envers du décor quotidien. En référence à Night Windows, j’ai intégré à la composition une silhouette nue, qui transparaît à travers les rideaux de l’une des fenêtres. Par la suite, j’ai isolé les différentes scènes de leur environnement, et je les ai mises en forme de manière à reproduire le logo SFR. En lisant l’image de gauche à droite, on constate que plus les barres sont hautes – et donc la réception optimale, plus il y a d’animation et d’échanges entre les personnages. On retrouve le réseau en tant que vecteur de lien social, que ce soit à l’échelle de l’individu ou de la communauté.

Ton travail est exposé du 19 au 24 mars dans des cubes géants à des endroits à forte visibilité (Beaubourg, Paris MK2, Gare de Lyon et Parvis de la Défense). Qu'attends-tu de cette forte exposition ?

J’aimerais que le public s’approprie la réflexion que suscitera l’installation des cubes géants : en investissant la rue, l’exposition provoquera un jeu de mise en abîme où la ville servira de toile de fond à son propre reflet promotionnel. Finalement, on en revient au thème qui est au centre de mon projet photographique : quelle place accorde-t-on à la représentation d’un objet – en l’occurrence la ville – par rapport à la réalité de cet objet ? Devant cette image qui scandera le paysage comme un hiatus, ou un faux raccord de cinéma, j’espère pouvoir recueillir des réactions qui nourriront mon travail par la suite.

Tes projets personnels semblent avoir souvent un lien avec l'urbanisme (Downtown Corrida, Route Europa, Intersections), d'où te vient cette passion pour l'environnement urbain ? Quels photographes sont des références pour toi dans ce domaine ?

Façade nocturne

Ce qui m’intéresse, c’est moins l’objet ville que ses différentes représentations quotidiennes. Sous quelle forme les enjeux de la rénovation urbaine parviennent-ils jusqu’au public ? Est-ce que les représentations politiques, commerciales ou sociales de la ville correspondent à une réalité ? Dans quelle mesure, au contraire, elles véhiculent une idéologie, un discours marchand ou partisan ? Avant d’entamer un projet, j’en reviens toujours à des images vides, celles de Depardon dans Errance ou de Jérôme Brézillon dans Stand Art Life, aux photos de repérage de Wim Wenders publiées dans Once. Après, c’est l’influence du cinéma qui m’amène à peupler mes mises en scène.

L'année dernière, tu as été lauréat du concours SFR Jeunes Talents Circulation(s) et tu as exposé au cours du festival. Quel souvenir gardes-tu de cette expérience ?

J’ai été impressionné par l’exigence et l’efficacité des membres de l’association Fetart, qui organise le festival. J’en garde le souvenir d’un moment à la fois festif et stimulant, d’un rapport à la photographie très vivant. On n’avait pas le sentiment d’un aboutissement, mais au contraire du début d’une aventure où chacun se nourrissait de la curiosité des autres. Ce festival m’a permis de gagner en assurance dans ma pratique photographique, et m’a conforté dans certains choix esthétiques. En confrontant mon travail à celui des autres photographes, j’ai pu mieux définir les directions dans lesquelles je souhaite désormais évoluer.

Est-ce que le regard qu'on porte sur ton travail a changé depuis un an avec les diverses expositions de SFR Jeunes Talents ? Est-ce qu'elles t'ont permis de faire des rencontres importantes ?

Effectivement, je reçois des commandes d’une ampleur nouvelle. J’ai par exemple commencé une série de créations pour le compte de l’Office Public de l’Habitat de Nantes, la ville où je réside actuellement. Un projet passionnant, qui consiste à représenter les attentes et les préoccupations des occupants de la plus grande barre HLM de la ville à la veille de sa réhabilitation complète. On m’a également appelé pour assurer une formation à la pratique photographique dans le cadre de l’École des Métiers de l’Information. Et puis, à l’occasion des différentes expositions de l’année dernière, il y a eu des rencontres humaines très enrichissantes avec d’autres photographes, Chiara Dazi, Lolita Bourdet, Ezio d'Agostino, Patrick Tourneboeuf, Virginie Maillard, Marc Montméat, etc.

Quels sont tes projets ?

Depuis trois mois, j’ai décidé de me consacrer davantage à la production de nouvelles images qu’à leur présentation en public. D’ici quelques semaines, je devrais être en mesure de mettre en ligne deux nouvelles séries sur mon site, albanlecuyer.weebly.com : Centre Commercial et Ici Prochainement, deux travaux qui se situent dans la continuité du projet Downtown Corrida.

Découvrez la sélection SFR Jeunes Talents Réseau

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