Exposition Forum des Halles et Mairie de Paris : le regard de Christian Caujolle

Le 15/04/2012 à 03h04, par SFR Jeunes Talents

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Exposition Forum des Halles et Mairie de Paris : le regard de Christian Caujolle

Figure tulélaire et oeil expert sur SFR Jeunes Talents, Christian Caujolle est une figure éminente et respectée du monde de la photographie. Alors quand le fondateur de l'agence VU donne son avis, on le lit et on l'écoute avec le plus grand des respects. Avec un regard bienveillant sur les séries des 8 lauréats (Antoine Katarzynski, Carlos Ayesta, Emilie Arfeuil, Ezio d'Agostino, Julien Raout, Stefan Mihalachi, Arno Brignon et Guillaume Martial) à l'issue de la carte blanche orchestrée de main de maître par Patrick Tourneboeuf, il nous livre en exclusivité son analyse et son sentiment sur le travail accompli. Verdict.

 

Antoine Katarzynski

"Durant deux années, Antoine Katarzynski a parcouru Paris en se souvenant de Doisneau, de Ronis, de Boubat, des instantanés de rue qui prirent une ville unique comme décor dans lequel saisir des moments d’anecdotes, vécues ou visuelles, qui sont maintenant dans les mémoires. Et c’est là qu’est leur véritable place puisque le Paris qui les a générées n’existe plus, que la législation sur le droit à l’image rend de plus en plus « dangereux » ce type de clichés et que, de toutes façons, qu’elles aient été saisies sur le vif ou mises en scène, elles se révèlent être davantage une imagerie qu’une documentation « réaliste » du Paris de l’après-guerre. D’ailleurs, le temps passant, ce sont évidemment, si nous prenons le cas de Doisneau – pas tout à fait au hasard – , des séductions comme « Le baiser de l’hôtel de Ville » qui sont plébiscitées plutôt que sa « Banlieue de Paris », tellement plus documentaire" [...]

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Carlos Ayesta

"Un seul personnage. Un seul lieu. Une série d’images sans bavardage qui nous permettent, par bribes, de découvrir une situation, de suivre une narration, précise, intense. Implacable en fait. Carlos Ayesta rencontre – et nous avec lui – un personnage devant le parking du Forum des Halles, à Paris. Belle tête, petite moustache, vêtu de noir. Pris sur fond rouge, la couleur qui hantera et dessinera toute la série, il pose. Le rouge, dans son intensité, ses variations, ses moments de brillance lisse, de peinture écaillée, c’est un rouge de théâtre. Le personnage est un acteur dont nous ne saurons pas tout. Dont nous devinerons beaucoup. Nous nous tromperons aussi puisque la photographie ne nous apporte guère d’informations précises mais nous laisse là, face à des formes qui s’organisent sous le travail de la lumière. Une lumière de théâtre aussi, ou qui pourrait par moment être théâtrale." [...] 

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Emilie Arfeuil

"Ce sont ceux que l’on ne voit pas, que l’on ne voit jamais. Les soutiers de cet énorme paquebot de la consommation amarré au cœur de Paris, les Halles, rebaptisé Forum, même s’il n’a plus rien à voir avec ce que fut le lieu des échanges de parole et d’idées. Ils sont là dès sept heures du matin, bien avant que les commerces ne se mettent à commercer. Ils nettoient, déblaient, évacuent, font disparaître les tonnes d’immondices qui s’accumulent là chaque jour. Tous les détritus, des montagnes, des volumes à la dimension du flot de visiteurs, de passants, de mangeurs, de pollueurs, de salisseurs qui ont traversé les niveaux ou s’y sont attardés. Vision de cauchemar, au-delà du dicible. Et c’est chaque jour, sans fin. Ils sont au plus profond, dans les véritables bas fonds. Ils transportent, dans des sacs de plastique noir, au moyen de machines, tout qu’il faut faire disparaître du regard pour que la machine puisse continuer à fonctionner comme si de rien n’était." [...]

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Ezio d'Agostino

"Ce sont des bribes, des cadrages nets, serrés, préoccupés de graphisme, qui composent avec la couleur comme on la trouve aujourd’hui dans des rapprochements formels, pas tous voulus, qu’il faut aller rechercher. Il faut trouver la distance, s’approcher, prendre du recul pour donner du sens lorsque c’est nécessaire. Il faut se pencher sur les traces de pneus dans le ciment souple qui devient paysage. Restituer les échelles ou nous perdre. Il faut varier els points de vue mais il faut toujours permettre, par quelque indice, que celui qui regarde puisse composer sa propre histoire. Qu’il puisse comprendre à sa manière, qui n’est pas toujours la vérité. Cette démarche attentive relève de l’exploration patiente de celui qui sait que, à un moment ou un autre, un élément viendra permettre de construire une compréhension. Ou de comprendre une interprétation." [...]

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Julien Raout

"Julien Raout fait partie de ces photographes qui aiment, pour chacun des nouveaux sujets qu’ils abordent, trouver une forme et en tester la pertinence en la mettant à l’épreuve. Pour ses « Rives de Meurthe » où la brume estompe les perspectives quand la neige ne les souligne pas, il a choisi le noir et blanc, dans une tonalité classique, avec une pointe de sentimentalisme, pour des images qui s’attachent plus que tout aux impressions. Quelque chose d’éternel, ou d’un autre temps, qui s’affirme dans une grisaille tendre. Lorsqu’il a rencontré, porte de la Chapelle, Mohamed qui attend toujours ses papiers et qui a laissé sa place, généreusement, à une famille arrivée de Roumanie, la couleur s’est imposée. Tout comme des images directes, une manière de chroniquer une situation des plus difficiles mais de l’accompagner aussi." [...]

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Stefan Mihalachi

"Commençons au début, en 2007, Gare Saint Lazare. La gare, lieu de passage. Arrivées, départs. Sentiment qu’il y a davantage d’arrivées que de départs. En noir et blanc. Avec peu de gris car le choix du contraste est là, déjà. Ombre et lumière, lumière qui troue l’ombre et frappe les passants, les révèle, au sens visuel et photographique du terme. Des gens dans la foule, dans le chaos de la foule. Des gens qui deviennent un, se détachent parce que la lumière a travaillé leurs traits l’espace d’un instant. Mise à nu, mise à l’œil. Il, elle, ils, elles sont là. Il faut attendre que l’éclairage les désigne et les regarder. On voit alors qu’ils sont du mal à se détacher de la masse, qu’ils font corps sans se regarder, sans se voir. Qui sont-ils ? Mystère, Ils n’ont pas envie, ou bien ils n’ont pas la force, plus la force de savoir qui est le voisin, cet autre. Ils avancent et seule la lumière les rattrape sans qu’ils en soient conscients. Pas de communication." [...]

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Arno Brignon

"Qu’il travaille en noir et blanc ou en couleurs, Arno Brignon poursuit la même quête de la révélation par la lumière, de la recréation d’instants que seule la photographie peut capter et s’attache donc, avant tout, à restituer des ambiances. Plus exactement, il utilise la photographie comme un outil sensible qui lui permet de faire partager la relation qui s’établit, parce qu’il les vit intensément et de façon sensible, entre des ambiances, des moments, et les émotions qu’ils éveillent en lui. C’est donc une photographie qui se construit sur l’articulation entre une volonté documentaire et la nécessité d’une subjectivité assumée, vibrante et généreuse. Il ne s’agit pas ici – et quelle que soit la qualité des images – de « bonnes » photographies mais de pousser les images, volontiers trompeuses, dans ces retranchements où elles ne peuvent plus se contenter de séduire. Elles doivent dire, vraiment." [...]

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Guillaume Martial

"Ai-je bien vu ? Est-ce bien réel, s’agit-il de vrais personnages, de mes contemporains, mais où donc ? Je suis simplement face à des images, en couleurs, brillantes, trop peut-être, jusqu’à en devenir aveuglantes. Des images d’espaces baignés de lumières artificielles qui soulignent l’enchevêtrement des structures métalliques supportant des piliers froids, inventant des volumes cliniques troués de faisceaux dont je vois la source. Net, précis, et en même temps impossible à situer, définir. Entre cauchemar et efficacité, entre prison et abri, sous terre en général. Les images, je les vois, elles sont limpides, mais ce à quoi elles font référence, ce qui les a inspirées et générées reste un mystère. D’autant plus difficile à percer que les images ne se donnent pas comme mystérieuses, qu’elles sont nettes, franches à leur manière, qu’elles me proposent un face à face avec des éléments que je reconnais." [...]

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Infos pratiques

Dans le cadre d'Exposition Robert Doisneau à l'Hôtel Hôtel de Ville

Quand ? Jusqu'au 25 avril 2012
Tous les jours sauf dimanches et fêtes de 10h à 19h. Dernier accès à 18h30.

Où ? Salon d'accueil de la Mairie de Paris 29 rue de Rivoli 75004 Paris
Métro : Hôtel de Ville

Accessible aux personnes à mobilité réduite.
Pour toutes informations : 01.42.76.51.53.

Entrée libre.

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