François Hébel en interview : "La photographie n’a que 170 ans et son histoire reste à écrire"

Le 01/05/2012 à 10h05, par SFR Jeunes Talents

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François Hébel en interview : "La photographie n’a que 170 ans et son histoire reste à écrire"

Personnage important du monde de la photographie et oeil avisé ne gravitant jamais loin de la galaxie SFR Jeunes Talents, François Hébel fait partie de ces regards que l'on suit et de ces orateurs que l'on écoute. Venant tout juste de révéler au grand public la programmation de ses Rencontres d'Arles dont il est l'heureux directeur depuis plus de 10 ans déjà, François Hébel nous livre son impression sur la cuvée 2012 des lauréats du concours SFR Jeunes Talents / Rencontres d'Arles (Julie de Waroquier, Julien Dumas, John Thackwray et Bertrand Noël) dont il était cette année encore l'un des membres du jury. Un entretien comme à son habitude très riche en enseignements.

François Hébel

Pouvez-vous nous expliquer les spécificités de la programmation de cette nouvelle édition des Rencontres d'Arles ? 

Les "Rencontres 2012" sont un peu particulières puisque l'on fête cette année les 30 ans de l’École Nationale Supérieure de la Photographie qui est basée à Arles. Nous allons présenter des photographes qui ont fait leurs études dans cette école il y a 10 ou 30 ans et sont par la suite devenus très importants. Des collections vont également être présentées par des commissaires d’expositions qui ont été formés à l’École d’Arles. Donc, cette année, nous présentons un programme extrêmement lié à l’école, c'est pourquoi nous l'avons baptisé « Une Ecole Française ». Et comme toute bonne école française, elle se nourrit également de tout ce qui se passe à l’étranger et des talents étrangers. Nous avons donc invité cinq écoles internationales à venir également présenter leurs artistes.

 

 

En tant que membre du jury, qu’est-ce qui vous a particulièrement plu cette année dans les séries envoyées par l’ensemble des candidats SFR Jeunes Talents ?

Ce qui est très stimulant avec SFR Jeunes Talents, c’est qu’on rencontre des photographes qu’on n’aurait pas rencontrés dans les circuits habituels. On découvre aussi bien des photographes professionnels que des amateurs et tout cela se mélange harmonieusement. Chaque année, nous avons de bonnes surprises. Cette édition n’y a pas échappé, il y a un vrai renouvellement. C’est-à-dire que si on compare les différents lauréats, on s’aperçoit qu’il y a une belle diversité de styles qui couvre une étendue assez vaste de ce que la photographie contemporaine peut faire aujourd'hui.

 

 

Est-ce que vous avez remarqué cette année une tendance se dégager au sein des séries envoyées  ?

Peut-être pas une tendance en particulier mais ce qui est sûr, c’est qu'on s’aperçoit que les gens qui pratiquent la photographie comprennent qu’il ne s’agit plus simplement de faire une belle photo. Mais que la photographie est une vraie pratique. On va distinguer les candidats qui ont un certain souffle et ceux qui ont sur la longueur une vraie esthétique personnelle sur toute une série et non plus sur une seule photo.

 

 

Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a intéressé dans le travail des lauréats choisis par le jury ?  

Julie de Varoquier a réalisé un travail onirique assez étonnant. Elle a une lumière très particulière, assez transparente et extrêmement légère. On voit cette jeune femme qui se promène dans des paysages imaginaires qui sont à la fois des mélanges de paysages d’intérieur et d’extérieur, des paysages bucoliques. On a l’impression de se promener dans une sorte de rêve nuageux, léger et aérien. C’est un travail qui procède beaucoup de cette sorte de transparence de l’image.

Julien Dumas a fait un travail tout à fait particulier. Il y a une sorte de rigueur dans la prise de vue puisque toutes les femmes ont la même position, le même habit et la même nudité à la fois. En même temps, c’est cette rigueur qui fait la force de son travail. C’est une série de portraits qui nous emmène en pleine ambiguïté, on navigue entre quelque chose de mystique et quelque chose de sensuel.

John Thackwray a fait visiblement un très long voyage. Il nous raconte une sorte de tour du monde où il décrit à chaque fois l’univers de chacun à travers sa chambre. Certaines sont extrêmement habitées, extrêmement identifiables aux passions des jeunes personnes qui posent au centre de la chambre et qui regardent l’appareil fixé au plafond. C’est un travail tout à fait original qui tient beaucoup de la quantité d’images qui sont montrées.

 

Bertrand Noël a été choisi par le vote public, avez-vous un regard particulier sur son œuvre ?

Je suis très content du choix du public parce que c’est un des travaux qui m’avait le plus impressionné. C’est un travail de portrait absolument magnifique. Que ce soit en noir et blanc ou en couleur, il a un sens tout à fait remarquable de l'arrêt du temps et de la lumière. Nous avons l’impression que les personnages se sont figés devant lui. C’est très étonnant puisqu’il a transformé en mannequins artificiels des personnages bien réels. On est dans une sorte d’ambiguïté totale entre la réalité et une sorte de plastique. C’est tout à fait curieux et un très beau travail.

 

 

On parle souvent la mutation de la photographie et notamment de la révolution du numérique. Quel impact a-t-elle eu dans votre travail de directeur des Rencontres ?    

L’arrivée du numérique élargit le champ des possibles. On remarque une ouverture des champs photographiques absolument gigantesque à la fois du point de vue stylistique que du point de vue de la diffusion. On sent les photographes dans une sorte de régal incroyable. Auparavant, le travail était plus fastidieux et économiquement lourd. Maintenant, on peut vraiment se consacrer à la créativité et à la production d'images originales. On voit aussi dans le cas d’un artiste comme JR que le numérique permet de faire des opérations sur le plan mondial et de faire participer, sur un même projet, des acteurs dans différents pays. Tout cela réuni rend mon métier extrêmement excitant puisque être à Arles à ce moment-là, c’est être au carrefour de cette nouvelle création. Et je pense que les années qui viennent vont prouver qu’on est qu’au début de la création dans le domaine de la photographie. Elle n’a que 170 ans et son histoire reste à écrire.

 

 

Avec le recul de votre expérience de membre du jury, quel regard portez-vous aujourd'hui sur le dispositif SFR Jeunes Talents Photo ? Pensez-vous qu'il a su s'imposer comme un label de qualité au sein du monde de la photographie ?

Bien sûr ! Ça reste une fenêtre incroyable qui permet à des gens d’avoir accès au monde professionnel et ça, il me semble que c’est très bénéfique pour les photographes en particulier et la photographie en général. Quant à nous, ça nous oblige à ne pas tourner en rond et à regarder des travaux que l’on n’aurait peut-être pas regardés.

 

 

Infos pratiques

 

Date : Du 2 juillet au 31 août

Horaires : 10h - 19h (dernière entrée à 18h30)


Afficher Lieux des Rencontres d'Arles / Places of the Rencontres d'Arles sur une carte plus grande

 

En savoir plus

• Découvrir la programmation 2012 des Rencontres d'Arles
Voir le compte-rendu de la conférence de presse 2011
Lire la tribune de Christian Caujolle sur les Rencontres d'Arles 2011
Redécouvrir le programme de l'édition 2011
Lire la précédente interview de François Hébel

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