Françoise Beauguion : "J'ai décidé de prendre un parti dans le projet photographique que je réalise, celui de ne pas en prendre. Ou plutôt celui de mettre l’Homme en avant"

Le 25/07/2011 à 11h07, par SFR Jeunes Talents

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Françoise Beauguion : "J'ai décidé de prendre un parti dans le projet photographique que je réalise, celui de ne pas en prendre. Ou plutôt celui de mettre l’Homme en avant"

Face à face, c(h)amp contre c(h)amp. Si proches, si éloignées et pourtant si similaires. Lauréate du concours Rencontres d'Arles 2011, Françoise Beauguion interroge le regard sur le conflit israélo-palestinien, ou plutôt les multiples regards avec l'humanité en son centre. Elle nous en dit plus sur sa série et sur son expérience des Rencontres d'Arles. Interview.

 

BIOGRAPHIE

Françoise Beauguion vit et travaille à Paris. Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles en 2009, son travail photographique s’étend du documentaire à celui d’auteur. Son attention s’est fixée sur le Moyen et Proche Orient, plus précisément au Kurdistan irakien, en Israël, en Palestine, en Egypte ou encore en Iran… Elle travaille en free lance pour diverses presses française et tente d’y lier une approche personnelle. Publications papiers et murs de galeries sont donc ses supports.

 

3 QUESTIONS À...

 

Pouvez-vous nous présenter votre série "Portraits croisés de jeunes femmes israéliennes et palestiniennes" (d'où est venue l'idée ? comment l'avez-vous réalisée ? avec quel matériel ? en quoi s'inscrit-elle dans le thème du concours "un regard au sud" ?

Ces portraits croisés montrent qu'Israël et les territoires palestiniens cohabitent sans jamais se croiser sur une infime terre. Une goutte d’eau. Un jeune pays et un territoire occupé. Un conflit qui n’en finit plus. D’un côté l’occident, la modernité, la diversité. De l’autre, l’Orient et sa tradition. Des idées nous venant des images médiatiques nous poussent à croire en des clichés. La guerre, l’horreur, les religieux, les extrémistes, un gouvernement corrompu, les colonies, le mur de séparation, des femmes soumises, des femmes enfermées. Nous ne les connaissons pas, ni les Israéliennes, ni les Palestiniennes. Mais elles ne se connaissent pas plus. Elles ne sont pas si différentes, elles ne se haïssent pas, elles ont les mêmes ambitions, les mêmes envies. Elles étudient et mènent, chacune dans leur culture, une vie comparable à celle de toute jeune femme. Ce travail photographique a-t-il pour objectif de les rassembler ? De les opposer ? De prendre un parti ? Non. C’est une mise en parallèle. Un vis-à-vis. Parfois elles se croisent. Des regards. Un sourire. Une envie de connaître sa voisine ?

Je cherche, je me questionne, je teste. Je ne peux pas montrer, par une pratique documentaire qui me porte, le conflit et la misère. Il existe d’autres formes de réalités. Peut-être plus optimistes voire idéalistes ? Après sept ans de travaux documentaires, de publications pour la presse française, de sujets de société, d’histoires reflétant des problèmes politiques ou de conflits, j’ai appris à me méfier des médias. Je sais. Il faut broder, prouver, adapter pour vendre. Il faut de la sensation, des sentiments, des images fortes. Je sais. Qu’une image ne montre qu’un instant dans un contexte particulier, qu’elle ne représente que ce moment dans ce lieu, qu’elle n’est pas en elle-même réelle. Pourtant la vérité se trouve aussi autour. Alors j’ai tenté. En avril 2010, je retourne pour la troisième fois en Israël. La terre promise, sacrée pour les trois confessions descendant d’Abraham. Juifs, musulmans et chrétiens y sont présents. Aimer son prochain est une loi écrite dans la Torah, le Coran et la Bible. Et pourtant. Cette terre est aussi celle du conflit. Le centre du monde. Un conflit international, à son grand désarroi. Je décide alors de prendre un parti dans le projet photographique que je réalise, celui de ne pas en prendre. Ou plutôt celui de mettre l’Homme en avant. Face à Face évolue ainsi vers un nouvel horizon. Pourquoi prendre un parti ? J'aime beaucoup ce texte d'Artactuel au sujet de ma série : "Face à Face est une série de portraits croisés, de jeunes femmes israéliennes et palestiniennes. A travers une série de portraits, Françoise Beauguion extrait ces femmes de leurs limites géographiques et les rend universelles. Réunir. Photographier des communautés séparées, des ennemis, des différences, des personnes que tout oppose. Puis les montrer ensemble. Et si ces personnes se rencontraient ? La photographe propose un axe différent du documentaire classique, en adoptant un point de vue qui met l’homme en avant et le conflit en arrière plan." En quoi s'inscrit-elle dans le sujet ? Parce qu'au sud du regard il y a l'autre, celui ou celle qu'on ne voit pas ou qu'on ne veut pas voir. Il y a deux peuples ennemis qui pourtant, s'ils jetaient un œil en haut ou bas ; à côté (où est le sud?), ils remarqueraient peut-être qu'ils ne sont pas si différents... Au sud du regard comme au nord, à l’est ou à l’ouest, c’est là où on ne regarde pas.

Quelles sont vos impressions sur les Rencontres d'Arles 2011 ?

Je connais bien les Rencontres d’Arles ayant étudié trois ans à l’ENSP de 2006 à 2009. C’est toujours une grande stimulation que de m’y rendre et c’est chaque année une semaine très intensive entre les expositions, les conférences, les projections, les soirées, les vernissages et les nombreuses rencontres…

Que pensez-vous dispositif SFR Jeunes Talents Photo ?

C’est une réelle opportunité. Le lieu à Arles est toujours très bien choisi et le cadre agréable. SFR Jeunes Talents Photo permet aux photographes de se présenter et de montrer leurs travaux. C’est aussi une communauté sur internet, un lieu d’échange et de diffusion. Les concours sont prestigieux car que ce soit en photo ou en musique, ils permettent à beaucoup d’accéder à des festivals ou évènements importants. C’est une chance.

 

Propos recueillis par David Héry

 

L'OEUVRE

EN SAVOIR PLUS...

Voir les fiches lauréats du concours Rencontres d'Arles 2011
Lire l'interview de Claire Delfino
Voir la page concours Rencontres d'Arles 2011

 

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