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Antoine Katarzynski : Ce qu'en pensent les pros

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    Durant deux années, Antoine Katarzynski a parcouru Paris en se souvenant de Doisneau, de Ronis, de Boubat, des instantanés de rue qui prirent une ville unique comme décor dans lequel saisir des moments d’anecdotes, vécues ou visuelles, qui sont maintenant dans les mémoires. Et c’est là qu’est leur véritable place puisque le Paris qui les a ... Lire la suite

    Durant deux années, Antoine Katarzynski a parcouru Paris en se souvenant de Doisneau, de Ronis, de Boubat, des instantanés de rue qui prirent une ville unique comme décor dans lequel saisir des moments d’anecdotes, vécues ou visuelles, qui sont maintenant dans les mémoires. Et c’est là qu’est leur véritable place puisque le Paris qui les a générées n’existe plus, que la législation sur le droit à l’image rend de plus en plus « dangereux » ce type de clichés et que, de toutes façons, qu’elles aient été saisies sur le vif ou mises en scène, elles se révèlent être davantage une imagerie qu’une documentation « réaliste » du Paris de l’après-guerre. D’ailleurs, le temps passant, ce sont évidemment, si nous prenons le cas de Doisneau – pas tout à fait au hasard – , des séductions comme « Le baiser de l’hôtel de Ville » qui sont plébiscitées plutôt que sa « Banlieue de Paris », tellement plus documentaire. Bref, c’est avec une certaine nostalgie, peut-être pas pour Paris mais certainement pour un moment de l’histoire de la photographie de rue en France qu’Antoine Katarzynski a arpenté squares et bords de Seine, avec une indéniable attention aux escaliers, aux ombres, aux pigeons, au Jardin du Luxembourg et à son bassin photogénique. Et il l’a fait « à l’ancienne ». En noir et blanc, en argentique et bien souvent en format carré, comme ses illustres prédécesseurs. Ce classicisme de bon aloi, s’il dit un attachement à une photographie dont le rendu de matière et la complicité avec la lumière sont uniques ne peut manquer de questionner sur l’adéquation d’une esthétique avec une époque. Même si elles attirent notre œil ( si elles le rassurent, d’une certaine manière, parce que nous entretenons un fort degré de familiarité avec les images proposées nourries d’une longue histoire) elles semblent très vite appartenir à hier et non à aujourd’hui. Certes un monsieur d’un certain âge qui s’est endormi sur un banc dans un jardin alors qu’il prenait le soleil est notre contemporain, tout comme la jeune femme qui, sur la berge, en plein cagnard, s’est mise à l’aise et bronze avec bonheur. Mais la photographie que nous voyons d’eux ne nous donne pas ce sentiment. Elles nous les propose peut-être comme des figures immuables de Paris, ce qu’ils sont certainement, mais elle ne questionne guère le Paris dans lequel ils vivent, dans lequel nous vivons également. C’est aussi ce qu’exprime, à sa manière, l’approche tout à fait différente que le même jeune photographe propose dans le cadre de la commande sur les Halles pour SFR Jeunes Talents. Il passe à la couleur, s’astreint, plutôt que de partir en chasse de l’anecdote, à un dispositif strict, travaille en série et propose une mise à plat qui vient fortement interroger une des natures du lieu que l’on lui a proposé d’explorer en toute liberté. Il est tout simplement passé d’une ballade impressionniste (ce qui n’exclut pas la rigueur, dans le cadrage entre autres, ou dans le choix des contrastes) à un dispositif documentaire. Il a demandé à des gens rencontré aux Halles de poser pour lui, les a saisis, immobiles, de façon frontale, avec le sac, siglé, dans lequel ils transportent leurs achats. Il dit alors, et de façon apparemment fort simple, énormément de choses. Il donne, sans qu’elles soient appuyées, énormément d’informations. La première, et non la moindre, est que les Halles sont un temple de la marchandise et de la consommation. Que, par l’entremise du sac, chaque acheteur se transforme en homme ou femme sandwich, que la population est fort diverse et que tout un chacun est, en ce lieu, consommateur, potentiel en tout cas. Vue sous cet angle, toute une population ( non représentative au sens des panels d’opinion qui ne le sont peut-être guère davantage) dit, avec rigueur, une situation. Elle souligne à la fois des faits et en interroge le sens. Allant un peu plus loin et sachant que le décor est sur le point de disparaître, le photographe a choisi de faire poser ses modèles dans des lieux différents qui donnent, sans avoir la prétention de tout inventorier, un certain nombre d’éléments sur une architecture en train de disparaître. Document, encore, mais document cadre, document de mémoire et non documentation sociale. L’unité de lumière, l’absence d’effet, une finesse non visible de la couleur nous mettent face à des personnages d’aujourd’hui, que nous avons tous croisés, que nous ne regardons généralement plus, que nous ne remarquons plus. Des anonymes qui sont nos équivalents pour l’autre, aussi. Sauf qu’ici, ils nous regardent, bien en face. Qu’ils nous disent que nous aussi, à un moment ou un autre, nous sommes des « images de marque » et bien plus souvent que nous le croyons. Cela donne un peu à réfléchir. Cela donne aussi une autre place au photographe, une forme de responsabilité face à l’autre, face à son travail. Le portrait est toujours un moment de confrontation et d’échange. Ici personne ne se défile. Les Halles de Doisneau ont bel et bien disparu. Sa photographie avait une pertinence qu’elle n’a plus face à ce que sont devenues ces espaces marchands qui n’ont plus rien à voir avec « Le ventre de Paris ». L’architecture et les structures qui ont, là peut-être davantage qu’ailleurs transformé ceux qui viennent les consommateurs sont en train de disparaître. La photographie de style documentaire de Antoine Katarzynski en rend compte : « Visages de marques ». De quoi demain sera-t-il fait ? Comment faudra-t-il l’aborder en photographie ? Christian Caujolle.

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    Caujolle Christian , sfr jeunes talents

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