Vidéaste de formation, sa démarche allie une dimension humaine et contemporaine. Ses photographies, oscillant entre réel et fiction, convergent vers une seule finalité: créer du sens.
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Vidéo montrant le processus de création d'une prise de vue de la série "Playgrounds" du photographe Guillaume Martial. Sélection festival Live Performers Meeting 2011, Minsk, Biélorussie. Crédit: Photographie: Guillaume Martial. Assistant vidéo: Antonin Grenier. Musique: Gablé "0000"
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>> Texte de Christian CAUJOLLE sur la série Metropolis (réalisée dans le cadre de la carte blanche SFR JT PARIS LES HALLES en tutorat avec Patrick TOURNEBOEUF).
Ais-je bien vu ? Est-ce bien réel, s’agit-il de vrais personnages, de mes contemporains, mais où donc ? Je suis simplement face à des images, en couleurs, brillantes, trop peut-être, jusqu’à en devenir aveuglantes. Des images d’espaces baignés de lumières artificielles qui soulignent l’enchevêtrement des structures métalliques supportant des piliers froids, inventant des volumes cliniques troués de faisceaux dont je vois la source. Net, précis, et en même temps impossible à situer, définir. Entre cauchemar et efficacité, entre prison et abri, sous terre en général. Les images, je les vois, elles sont limpides, mais ce à quoi elles font référence, ce qui les a inspirées et générées reste un mystère. D’autant plus difficile à percer que les images ne se donnent pas comme mystérieuses, qu’elles sont nettes, franches à leur manière, qu’elles me proposent un face à face avec des éléments que je reconnais mais dont j’ai du mal à comprendre la combinatoire et le sens. Pourtant, même sans vraiment savoir, j’éprouve une vague angoisse, une réticence en tout cas. Ces images sont signées Guillaume Martial. Il s’explique sur sa série, ce qui ne veut pas dire qu’il en donne vraiment les clés. Tout au moins les intentions : « La série Metropolis est constituée de décors urbains. Pour moi, les travaux des Halles, c'est comme si on changeait de décor une nouvelle fois. Comme au théâtre ou au cinéma, nous passons d'un décor à un autre... Ce qui est considéré comme ancien, obsolète est remplacé par le moderne. Dans cette série, je questionne le changement urbain et la place de l'être humain dans cette architecture. l'utilisation notamment de la lumière artificielle vient appuyer ceci. On se demande ce que font ces personnages, comment s'approprient-ils le décor ? Comment s'intègrent-ils à l'intérieur ? J'essai de créer un trouble. Mes décors oscillent entre réel et fiction. Quand le réel n'impose pas sa narration, je la construit. Mise en scène ou non, pour moi peu d'importance, tant que cela s'inscrit dans la même narration. Je me trouve moi-même dans plusieurs images de la série. L'important c'est d'essayer de créer du sens en organisant spatialement le réel. Le nom de la série fait directement référence au mythique film de Fritz Lang. Les Halles de Paris avec ces multiples strates souterraines, son architecture futuriste en devenir... » On retiendra d’abord le « décor » et le « trouble ». Décor, certes, entre futurisme ( Metropolis) et ruine ( celle des Halles que l’on détruit aujourd’hui). Décor qui, lorsque de rares échappées vers l’extérieur nous éloignent du possible étouffement, des espaces anxiogènes dans lesquels les personnages perdent une identité qu’ils protègent – en la dissimulant à nos yeux – derrière une combinaison blanche et des lunettes de protection, prend soudain un aspect guilleret mais artificiel. Une palissade au vert irréel sert par exemple de toile de fond ( décor) à un couple qui s’embrasse. Au fond, en fond de scène, un Paris historique, avec ses monuments, sa pierre, la marque et le souvenir du temps. Les amoureux sont seuls au monde. Vraiment seuls. Sont-ils réels ? Sont-ce des images, des figurants ? Peu importe. Ils sont là. Ils semblent humaniser un peu les choses. Tout comme, sous la pluie, un personnage se protégeant sous son parapluie noir, près d’un champignon caractéristique de cette architecture trop tôt vieillie ( pour avoir voulu être trop « moderne » ?) et qui semble regarder la ville nocturne. Tout est nuit d’ailleurs et tout nécessite l’artifice de l’éclairage, des couleurs fabriquées que le photographe enregistre avec précision, d’une salle de sport à l’éclairage trop intense à un espace indéfinissable rythmé d’à-plats de couleur, vert, rouge intenses. Et, toujours, cette solitude qui génère certainement le trouble qui traverse tout. Car nous n’avons plus aucune certitude, ni sur hier, encore moins sur demain et aujourd’hui est invraisemblable. Déshumanisé, en tout cas, et nous n’y trouvons pas davantage notre compte que les rares passants qui y cherchent un échappatoire. Metropolis. Envie folle de puissance, de transformation, de futur. L’homme capable d’inventer ce qui va le broyer. Les Halles comme métaphore, comme une fiction réaliste à laquelle nous ne pouvons pas adhérer. Tout se passe comme si cet espace en transformation radicale avait transformé le photographe du « petit garagiste » au noir et blanc tendre et sentimental en une machine réactive qui radicalise sous forme de plans séquence immobiles une forme d’effroi généré par le lieu. Malgré nous, nous le suivons, fascinés sans doute par la puissance des images autant que nous sommes glacés par l’univers qu’elles dessinent, à défaut de le décrire. Ce que j’ai vu, ce sont des images, rien que des images. Justes ? Efficaces en tout cas. Et qui donnent à penser. Pour leur échapper, peut-être.
le 16 avril 2012 à 17h10Christian Caujolle.