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Quand je vois un pavé de Christian, je m'attends au pire.
le 11 avril 2012 à 19h11Photos honnêtes, sans plus. Du travail encore à fournir mais tu es sur la bonne voie
Christian toujours aussi prout prout.
Commençons au début, en 2007, Gare Saint Lazare. La gare, lieu de passage. Arrivées, départs. Sentiment qu’il y a davantage d’arrivées que de départs. En noir et blanc. Avec peu de gris car le choix du contraste est là, déjà. Ombre et lumière, lumière qui troue l’ombre et frappe les passants, les révèle, au sens visuel et photographique du terme. Des gens dans la foule, dans le chaos de la foule. Des gens qui deviennent un, se détachent parce que la lumière a travaillé leurs traits l’espace d’un instant. Mise à nu, mise à l’œil. Il, elle, ils, elles sont là. Il faut attendre que l’éclairage les désigne et les regarder. On voit alors qu’ils sont du mal à se détacher de la masse, qu’ils font corps sans se regarder, sans se voir. Qui sont-ils ? Mystère, Ils n’ont pas envie, ou bien ils n’ont pas la force, plus la force de savoir qui est le voisin, cet autre. Ils avancent et seule la lumière les rattrape sans qu’ils en soient conscients. Pas de communication. Pas de contexte. Juste eux, elles, là. Indifférents et finalement indifférenciés si le photographe n’est pas à son poste. Sensation de cette contradiction entre tant de monde et le rien. Difficile mais pas de regard complaisant. J’étais là, attentif, voilà. Regardez avec moi.
Continuons. 2004. Montfermeil. S.A.M.I. : « Le 8 decembre 2003, l’association Concorde (situé en Seine Saint -Denis) ouvre un nouveau service, le S.A.M.I.( Service Accueil Mineurs Isolés ). Située à Montfermeil, dans un quartier pavillonaire, cette structure accueille huit mineurs âgés de seize à dix-huit ans.
Ces jeunes sont issus des pays de l’Est et se retrouvent en France isolés ayant dû fuir leur pays pour échapper le plus souvent à des situations de détresse extrême. ». Changement de tonalité. Couleur, carré. Des teintes pastel, presque évanescentes parfois, un quotidien dans lequel la lumière vibre, entre gris et bleu légers, sensible. Des personnages, des jeunes, des petits gestes, des attitudes, des presque rien qui disent la tendresse entre eux et celle du photographe comme eux. Partage. Sentiment de générosité. De générosités évidentes et qu’il ne faut pas dire. Ne pas hausser le temps, laisser les images venir, arriver, les recueillir simplement, comme des évidences. Ne pas juger, ne pas s’apitoyer. Le pire serait d’introduire du pathos là où il n’y en a pas. Il peut y avoir des moments de grande solitude lorsque l’on est assise dans l’herbe, le visage dissimulé derrière les longs cheveux bruns et que l’environnement de béton gris est hostile, sans générosité aucune. La vraie générosité elle sera dans l’épure, dans la simplicité de portraits, la justesse d’une attitude saisie sans affectation. Dans ce carré tendre pour un portrait de jeune fille serrant contre sa poitrine la douceur de la couette aux tons chauds. Le bleu gris du mur servant de fond est doux, lui aussi. Il lui fait une belle carnation.
Maintenant. 2008-2011. Les anonymes dans les rues de Paris. Série à laquelle on peut inclure le travail aux Halles en commande pour SFR Jeunes Talents. Retour aux principes et au dispositif expérimenté à Saint Lazare. Mais différent, plus complexe, plus complet aussi. La lumière sert toujours à mettre en avant, à souligner ceux et celles qui passent de l’ombre à la lumière ou qui, échappant à la lumière, s’enfoncent dans l’ombre. Mais la couleur est là. Une couleur sereine, sans effet, jamais appuyée, comme un élément du réel d’aujourd’hui. Toujours autant de chaos dans la ville mais ce n’est plus le compact de la foule, c’est la solitude qui s’impose. Tant de gens, mais si souvent seuls. Occupés à rien, à lire un texto en marchant, à téléphoner, à marcher vers on ne sait où. Portraits en mouvement mais si peu de vie, au fond. Surtout, aucun partage. Chacun dans sa bulle. Vers où ? L’espace est public, commun. En théorie, en tout cas. Pourtant il semble ne plus exister de lien. Une famille, parfois, resserrée pour exister, se ressentir. Ils viennent d’ailleurs, ils ne sont pas de là. Venus de banlieue, venus d’autres pays. Visages, identités réduites à des passants. Doisneau, il y a longtemps, avait publié un livre intitulé « Paris des passants qui passent ». Gai, enjoué, malicieux. Ce n’est plus possible. A l’évidence. La lumière sculpte des visages, des absences d’expression. Je pense aux images de Beat Streuli, dans les villes lui aussi, depuis tant d’années, à celles des foules que Jean-Christian Bourcart traverse et met en forme dans les métropoles, à certaines de Philip-Lorca diCorcia, qui sont le contraire, en mise en scène sophistiquée. Des images qui restent dans ma mémoire et que celles de Stefan Mihalachi ont rejoint, définitivement. Ses personnages qui s’ignorent traversent des espaces qu’ils ne voient pas. Parfois, lorsqu’ils promènent des egos habillés de références l’espace devient décor et la petite musique devient plus grinçante. Il y a de la gravité dans tout cela. Une douleur sourde. Tant chez ceux qui passent, anonymes, que chez un photographe juste, pudique, généreux. Un de ceux qui, modestement, donne son point de vue, l’offre sans élever le ton et n’en est que plus bouleversant.
Christian Caujolle.
le 2 avril 2012 à 12h04Bon là je suis tout simplement impressionné ! Je ne sais que dire, merci.
le 17 décembre 2011 à 01h53Régis.