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Julien Raout : Ce qu'en pensent les pros

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    Julien Raout fait partie de ces photographes qui aiment, pour chacun des nouveaux sujets qu’ils abordent, trouver une forme et en tester la pertinence en la mettant à l’épreuve. Pour ses « Rives de Meurthe » où la brume estompe les perspectives quand la neige ne les souligne pas, il a choisi le noir et blanc, dans une tonalité classique, avec ... Lire la suite

    Julien Raout fait partie de ces photographes qui aiment, pour chacun des nouveaux sujets qu’ils abordent, trouver une forme et en tester la pertinence en la mettant à l’épreuve. Pour ses « Rives de Meurthe » où la brume estompe les perspectives quand la neige ne les souligne pas, il a choisi le noir et blanc, dans une tonalité classique, avec une pointe de sentimentalisme, pour des images qui s’attachent plus que tout aux impressions. Quelque chose d’éternel, ou d’un autre temps, qui s’affirme dans une grisaille tendre. Lorsqu’il a rencontré, porte de la Chapelle, Mohamed qui attend toujours ses papiers et qui a laissé sa place, généreusement, à une famille arrivée de Roumanie, la couleur s’est imposée. Tout comme des images directes, une manière de chroniquer une situation des plus difficiles mais de l’accompagner aussi. C’est un travail qu’il poursuit, dont on sent qu’il le poursuivra longtemps, tant il s’est intégré à cette situation et ne peut que la suivre, comme on le fait – ce sont ses propres termes – pour une famille. Tendresse, toujours, mais bien différente. Il ne s’agit plus de contemplation ou de sentimentalisme, mais de l’exploration, de façon active, engagée, déterminée, d’une situation dans laquelle le photographe, au risque de ne plus avoir la distance nécessaire, sent partie prenante. Il faudra du temps pour qu’elle se construise, se décante, trouve sa forme définitive. Une autre série – la notion de série se précise de plus en plus comme base effective du travail – s’intitule joliment « Le Cèdre Bleu ». Du nom d’une barre d’immeuble en périphérie de Nancy, caractéristique du temps où l’on pensait ( y compris ceux qui voulaient y habiter) qu’il s’agissait là de la forme « moderne » et pertinente de l’urbanisation et où l’on baptisait de noms poétiques ce qui devait devenir un des grands échecs et de la conception des villes et de l’architecture. Dans cet immeuble dégradé, Julien Raoult est allé recueillir les signes de la destruction. De façon très organisée, systématique. Les salles de bains, les cuisines, les entrées. Pièce par pièce, comme un inventaire croisé avec des typologies. Des restes qui ont du sens, des objets qui conservent la mémoire ébréchée de vies passées là. Couleur et moyen format, attention à l’unité de lumières, la série des murs devient une succession de peintures à la limite de l’abstraction, de motifs comme on le dit pour le papier peint, de collection de traces allant du pinceau à la déchirure. Il y a là des cicatrices, de l’écriture, de la gestuelle, des effleurements et des arrachements. Sensible mais non démonstratif. Une mémoire qui s’expose ou se projette accompagnée de sons. Dans le cadre de la commande sur les Halles pour SFR Jeunes Talents le photographe a écrit un texte de présentation, concis, mais qui dit clairement l’intention comme un parcours strict : « Le renouveau du quartier des Halles s’amoncelle discrètement dans un fourmillement paradoxalement dense. Comme dans l’attente d’une naissance, ce chantier grandit, protégé des regards par cette enveloppe métallique. Il s’agit alors de promener une vision sur ce qui, pour l’heure, nous oblige au contournement. Dans un parcours de vie modifié, j’ai arpenté les chemins autour de cette barricade, rendus invisibles par la quotidienneté et l’affluence. Dans un flux constant, un espace semble en suspens. Cette barrière adossée à l’équivalent d’une frontière, marque une rupture, et relaye à l’état de carcasse les édifices en instance de disparition. Dès lors, ce rideau quasi chirurgical s’est révélé comme un pont entre la vétusté du lieu et sa promesse de réhabilitation. Une photographie, comme pour célébrer ce qui empêche la vue, redorer ce qui annihile notre champ de vision, témoin d’un bouleversement en quasi censure. » La série, puisqu’il s’agit à nouveau d’une série, accumule des images toutes verticales qui, toutes, comportent une présence plus ou moins affirmée de la palissade verte entourant le chantier. Variations sur une teinte, donc, approche de coloriste et exploration du camaïeu pour, aussi, interroger les espaces. En s’attachant entre autres à cultiver perspectives et fuyantes qui se révèlent interrompues par la « barrière » verte. C’est grâce à la rigueur de cette verticalité qui ne correspond pas à notre perception, ni à notre vision habituelles de l’espace que le photographe réussit, par exemple, à rendre déplacé, presque comique, une esquisse de jardin à la française débouchant sur une pyramide de verre ou qu’il rend tout aussi déplacé, mais nettement plus tragique, l’abri en carton d’un sans abri, recouvert d’un plastique bleu tranchant sur le vert de la « frontière ». On pourrait ainsi explorer chaque image et voir que, alors que la série peut sembler se décliner comme un agréable exercice, la palissade sert à la fois de guide et de révélateur. Elle tranche, tout comme les cadrages précis et c’est alors que ces espaces nous semblent impraticables. Parce qu’ils le sont. Christian Caujolle.

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    Caujolle Christian , sfr jeunes talents

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